Comités de 2018

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Textes analysés en comités de lecture

Décembre 2018 

  • Andy’s gone texte de Marie-Claude Verdier
  • Fleuve Niger et de Sang, texte de Fanny Garin
  • Dévolution, texte de Cyril Hériard Dubreuil

Novembre 2018 

  • Grandeur et Misère d’un état des lieux, texte de Maurici Macian-Colet
  • Charité bien ordonnée, texte de Daniel Lamandé
  • Yalla !, texte de Sonia Ristic

Octobre 2018 (comité de lecture en public)

  • Pourvu qu’il pleuve, texte de Sonia Ristic
  • La Romance de la Rose noire, texte de Xavier Numa Borloz
  • Qui suis-je pour sonner à ta porte ?, texte de Bruno Richy

Septembre 2018

  • Un Monde rouge, texte de Christophe Botti
  • De l’Illogitisme en Sac de Poule, texte de Bruno Charrier
  • Une Femme parfaite ! Enfin, presque…, texte de Lionel Zeidler

Juin 2018

  • D’Urine et de Fer, texte de Michel Gendarme
  • Folie, un autre Mot pour Amour, texte de Louise Caron
  • L’Echafaudage, texte de Ella Balaert

Mai 2018

  • Oeufs, texte de Jean Figuerou
  • Cachons-nous sous cet Amandier, texte de Shady Nafar
  • L’Homme à six Cylindres, texte de Pascal Nordmann
  • Les Insoumis, texte de Carole Prieur

Avril 2018

  • Le Concile des Singes, texte de Frédéric Lepage
  • Nagesa, texte de Vincent Klint
  • Gravats(Théâtre hagard), texte de Perrine Lorne
  • Ma Mère dit toujours chut, un doigt sur les lèvres, texte de Yakoub Abdellatif
  • A Fleur de Rêves, texte de Florian Rebeyrolles

Février 2018

  • L’Un, l’Autre, texte de Isaac Kirkhov
  • Lumière et Ténébres, texte de Bernard Duhaut
  • Les Restes, texte de Isabelle Sempéré

Janvier 2018

  • Palindrome, texte de Gaëtan Faucer
  • Le Projet Phoenix, texte de Kamal Rawas
  • Et tout le Tremblement, texte de Laurent Cottel

Décembre 2018

 

Andy’s gone

 

De Marie-Claude Verdier

 

Genre : tragédie

Personnages :  2 F / 1 personnage muet (FouH)

Thèmes :             La politique, la famille, le mensonge, la peur de l’autre, la dictature, la jeunesse, l’envie de changer le monde. Les vieux qui se croient sages et prudents contre les jeunes qui se veulent ouverts et veulent changer le monde.

                               Le mythe d’Antigone revisité dans un contexte contemporain qui accentue encore plus son caractère universel.

L’opposition déclinée sous toutes ses formes, opposition maturité-jeunesse, opposition pouvoir-rébellion, opposition entre le vrai et le faux, le bien et le mal, opposition entre les nantis du royaume qui s’entourent de murs de plus en plus hauts et ceux du bas des remparts qui meurent peu à peu de l’absence de mains tendues.

 

La fable

« Régine, reine de la cité, réunit l’ensemble des citoyens dans la salle communautaire après avoir décrété le couvre-feu. Le prétexte : une catastrophe climatique imminente. Elle annonce la mort héroïque du prince héritier Henry et son enterrement précipité vu les circonstances. Pendant ce temps, sa nièce, Alison, s’empare du drapeau planté sur la tombe de Henry et est pourchassée par les unités de surveillance. Parvenue à entrer dans la salle communautaire, Alison s’oppose à sa tante et dévoile aux citoyens présents la vraie raison de la mort de Henry qu’elle nomme Andy et la présence de migrants aux portes de la ville, refoulés sur ordre de sa tante. »

« Alyson révèle au peuple que Harry n’est pas enseveli comme le fait croire Régine, il est mort en bas des murs : a-t-il sauté pour se suicider  Toujours est-il que derrière les hauts murs de la ville, il n’y a pas de mer, il y a des migrants, des milliers de gens qui veulent entrer et  Alyson a vu ; elle a vu ces gens prendre le corps d’Andy, elle est allée chez ces migrants qui vivent sous des tentes, elle a participé aux rites funéraires musulmans de ces gens. Elle a pleuré Andy avec eux.

Elle sait donc bien qu’il n’est pas enterré comme veut le faire croire la reine au cimetière. »

Ce que j’en pense

« Quel est le propos de la pièce ?

Est-ce une allégorie d’une nation (ou de plusieurs nations) qui se retranche derrière de hautes murailles (ou grillages) pour endiguer un flux migratoire non désiré : la cité fortifiée représentant la nation, la tempête ce flux de migrants qui attendent aux frontières qu’on les laisse entrer. Face à cette tempête se confrontent deux expressions.

Celle de la reine, le régime au pouvoir, qui tente par tous les moyens de maintenir les citoyens dans l’ignorance de cette présence de migrants et qui ne cesse de vanter la puissance de ces hauts murs qui les protègent de la tempête menaçante.

celle d’Alison qui s’oppose à celle de sa mère. Depuis son enfance, elle et son frère, ont eu du mal à se conformer au moule dans lequel on voulait les faire entrer. Comme beaucoup, ils ont bravé des interdits. Ils n’ont pas hésité à aller jouer sur les murailles pour tenter d’apercevoir ce qui s’y cachait derrière. Ils y ont vu probablement autre chose qu’une tempête effrayante. Le prince n’ayant pu trancher entre son envie de changement et la gouvernance de son père a fui en se donnant la mort, Alison, elle, se sent

prête à faire fi du passé. Ces deux visions de la gouvernance qui se confrontent et que j’ai perçu me

paraissent bien traitées, sans manichéisme, et rendent le propos de la pièce intéressant. »

 

« Un texte sauvage, rapide. L’idée de mettre des casques au public m’enthousiasme, c’est un concept innovant qui donne une nouvelle place au spectateur très intéressante.  Il est pris comme personnage et ne voit pas ce qui se passe derrière les murs. Quels murs ? Les vrais ? Ceux qui séparent le Mexique des États unis ? Ceux de son propre cerveau ? De sa propre vision du monde ? De sa peur ? Tous réunis sans doute, mais ceux bien réels que le monde, que des hommes, des chefs d’état ordonnent de construire et que des hommes, des ouvriers construisent et que nous laissons construire. Qui sommes nous ? Ces habitants de la ville apeurés ? Y a-t-il une Alyson parmi nous ? Un Andy ?

Andy’s gone car il n’en pouvait plus de sa souffrance, mais Antigone sous les traits d’Alyson est là et se révolte, elle le paiera de sa vie mais les choses vont bouger, les migrants vont entrer. Deux personnages fort, deux éclairs foudroyants. Une écriture incisive, sobre, efficace. Rien de superflu, rien de trop. A la fin de ma lecture je me retrouve bête avec cette réflexion, que des hommes ordonnent à d’autres hommes de construire des murs mais qu’aucun homme n’ose, ne se risque à les détruire. Moi pas plus qu’un autre. Que faire de ça ? Nous ne sommes pas tous des Antigone. »

 

« Au début, je me suis dit : encore une énième adaptation du mythe d’Antigone ! Mais très rapidement, on oublie le mythe ou, plutôt, ne reste du mythe que son universalité.

7 tableaux relativement courts avec une tension qui monte crescendo jusqu’à l’explosion finale. Je lis, j’avale les mots, je retiens ma respiration et je finis remué au plus profond de mes tripes. J’ai beau savoir comment cela va se terminer (eh oui, le fameux mythe, on peut le revisiter mais pas le réinventer), le final me surprend par son ouverture sur une nouvelle histoire, le soldat de l’unité 8 qui refuse d’abandonner le corps d’Alison avant de comprendre son message posthume, incarne-t-il l’espoir d’un monde meilleur ? Peut-être est-ce moi qui ai simplement envie ou besoin de le lire ainsi).

La présence des personnages face au public ou dans le public fait de celui-ci les citoyens passifs de la ville emmurée, qui subissent les sons (musique, discours, dialogues) que l’une et l’autre décident de leur envoyer dans leurs casques audio. Nous sommes les nantis de l’histoire, à nous de se poser la question d’abattre les murs ou de les renforcer. La question posée est celle également de l’information et de la connaissance. Quel choix ? lorsque l’information ne provient que d’une source, la source officielle, la voix de Régine. L’irruption de la voix d’Alison dans les casques nous renvoie à notre libre arbitre et pourtant, c’est bien le message enregistré de la reine qui sera diffusé dans l’avant-dernier tableau.

Régine, Créon féminin, est double. Reine et gardienne du temple, elle est aussi mère et femme. Le personnage oscille entre ses deux postures. Je sens, j’entends les failles de la mère mais le mur à la fin ne rompt pas et c’est la reine qui triomphe.

L’autrice nous donne à voir une Alison/Antigone plus fragile que celle du mythe, où l’enfance insouciante est encore présente mais qui bascule d’un coup dans la rébellion à la mort d’Andy/Henry. »

 

Claudie, Jean Luc, Yves

Novembre 2018

Yalla !

 

De Sonia Ristic

 

Texte en lice pour l’Eclat de Cœurs

 

Genre : Double adresse

Personnages :  1 F / 1 H

Thèmes :             Le conflit israélo-palestinien, l’absurdité de la situation, la justice et l’injustice, la force et la faiblesse, le déséquilibre entre drapeau et chars, le bon droit, la terre et l’identité, l’impossible réconciliation ?

 

La fable

«  Le 15 mai 2011, lors de la commémoration de la Nakba (« La catastrophe » en Arabe, désignant la création de l’Etat d’Israël et l’exode des Palestiniens), des milliers de Palestiniens vivant dans les camps au Liban manifestent à la frontière libano-israélienne. » Notes de l’auteur.

De part et d’autre d’un « no man’s land » situé entre le Liban et l’Etat d’Israël, l’armée Israélienne fait face à une foule de Palestiniens. Une jeune soldate israélienne vise Karim, un jeune palestinien de 14 ans, qui a une pierre à la main. Dans leurs yeux, des mots, des phrases adressés en silence, et qui se répondent… »

« La pièce met en scène le face à face d’un jeune Palestinien, Karim, qui avance vers la frontière libano-israélienne, armé d’une pierre et d’une militaire israélienne qui le vise de son fusil, de l’autre côté du noman’s land. Ils s’adressent l’un à l’autre, se racontent, justifient leur présence inévitable à cet endroit par leur histoire, le poids de l’Histoire, leur attachement à cette terre qu’ils revendiquent l’un et l’autre comme celle de leur peuple. »

Ce que j’en pense

« Quel beau texte ! Objet à la fois littéraire, poétique, théâtral, cinématographique. C’est toute l’histoire de ce conflit israélo-palestinien qui est évoqué et retraversé magnifiquement dans ce texte, en 30 pages, par la voix de deux adolescents. Un texte que j’ai lu avec plaisir et passion, épaule contre épaule avec les deux personnages.

Le temps s’est arrêté, le silence est palpable et durant ces quelques minutes, deux jeunes ennemis s’affrontent, se racontent, se questionnent, se répondent.

Ce qui est beau c’est le langage des yeux… Parce que ce texte, cet échange, passe essentiellement par les yeux, ils ne se l’adressent pas directement, tout au plus ils se le marmonnent. Chacun se parle à soi-même et chacun parle à l’autre.

Et ce langage est décliné tout au long de cet échange silencieux, comme si au fond de leurs yeux se déroulait le film de leur vie, le film de ces choses qu’ils veulent se dire et se montrer l’un à l’autre, comme un fil qui les relierait… malgré tout.

Et chacun à son tour et à sa manière va donner son point de vue sur ce conflit dans lequel ils sont « embrigadés » malgré eux, depuis leurs arrières-grands-parents, ce conflit qui a nourri la haine, le ressentiment, la vengeance et l’incompréhension.  Et les mots dans leurs bouches sont autant de mots déjà entendus dans la bouche de leurs aînés, qu’ils répètent sans doute, en les faisant leurs, en une litanie dont on a l’impression qu’elle n’a pas de fin. 

« En cet instant, tout disparaît et le temps se suspend » dit Karim, au tout début. Comme si par la force de sa pensée il avait décidé de faire un « arrêt sur image », dans l’urgence de dire, de se dire et d’entendre ce que l’autre en face a à lui dire. Vite, savoir avant de mourir peut-être.

Terrible image que j’ai vue là, de ces deux peuples face à face, dressés l’un contre l’autre, cailloux contre fusils, drapeaux contre chars.

Et dans ce temps suspendu, dans ce hors-temps, chacun va se dire, chacun va traverser le temps et raconter son peuple et ses douleurs. »

« C’est un texte éminemment politique qui développe les thèmes de l’appartenance à une terre, le thème de l’exil, de l’injustice et de la persécution subies par les deux peuples dont Karim et la soldate sont des figures emblématiques.

« Je n'oublie pas que le théâtre est une forme très ancienne d'exercice politique. Au sens premier du terme qui, chez les Grecs, rendait compte de la vie de la cité dans le présent de la représentation. » 

In https://blogs.mediapart.fr/dashiell-donello/blog/200518/le-theatre-de-sonia-ristic-un-exercice-politique

 

Michèle S, Nicoletta, Yves

 

 

Charité bien ordonnée

 

De Daniel Lamandé

 

Genre : comédie

Personnages :  3 H

Thèmes :             Escroquerie / Égoïsme / Argent / Stratégie / Mensonge

                               Le milieu caritatif et les magouilles qui vont avec.

L'exploitation de la charité humaine.

Les contours ténébreux de l'âme humaine...

 

La fable

« Le patron d'une banque fait appel à une boîte de com afin d'améliorer l'image de l'entreprise avec un maximum de retombées financières pour un minimum d'investissement. Après une étude de marché, le consultant lui suggère d'investir dans le domaine caritatif très porteur actuellement. Après quelques propositions rejetées, le patron choisit de miser sur un jeune atteint d'une maladie grave (hormis la mucoviscidose qu'il juge "imprononçable") mais qui aurait encore l'air présentable dans les médias. Le consultant lui dégote un blondinet d'une vingtaine d'années porteur de l'amylose et condamné dans les 18 prochains mois. Bien que ce jeune homme ne soit pas particulièrement exploitable en dehors de sa maladie, ils conviennent ensemble d'une stratégie pour récolter le maximum d'argent, officiellement destiné à la recherche médicale de cette maladie. Contre toute attente et de manière inopinée, un médicament va être découvert qui guérit l'amylose. Le jeune patient condamné se transforme donc en "ancien malade", ce qui ne représente plus aucun intérêt de spéculation. Le patron veut s'en débarrasser mais le blondinet malin a exigé un contrat qui lui assure un salaire jusqu'à la fin de ses jours et le patron est bien obligé de faire avec. Tandis que le destin tragique du blondinet n'est plus qu'un lointain souvenir, apparaît sur le devant de la scène médiatique une jeune tamoule atteinte de mucoviscidose sponsorisée par une marque de fabricants d'engrais par l'intermédiaire de la même boîte de com. A la suite d'une indiscrétion du consultant selon laquelle cette jeune fille ne serait pas aussi gravement atteinte que ce que l'on veut bien laisser croire, le patron de la banque fait chanter les marchands d'engrais et les convainc de s'associer pour se partager les parts de marché au nord pour lui et au sud pour les autres. Le blondinet est chargé de discréditer la jeune fille et les 3 larrons se retrouvent à la tête d'un marché juteux. Devant la menace d'une enquête de la brigade financière, le patron pour sauver la face cherche la meilleure solution et est prêt à sacrifier l'un de ses 2 collaborateurs. Mais à les entendre se disputer et se discréditer mutuellement, il décide de les entraîner tous les deux vers de nouvelles aventures lucratives en ciblant cette fois le développement durable et le commerce équitable. »

Ce que j’en pense

« Au début du texte, l'auteur donne un résumé de la pièce : "Comment faire du caritatif hautement rentable avec un cynisme assumé, un manque d'éthique total et au final avec succès ? Il suffit de lire ce texte et de suivre le chemin montré par ces personnages peu recommandables mais terriblement efficaces." Ces quelques lignes aux allures d'accroche publicitaire restent pour moi la meilleure façon de présenter ce texte qui est construit de manière classique avec dans les 1eres scènes la présentation de l'action et des protagonistes, puis un rebondissement inattendu qui fait évoluer l'histoire et des péripéties et enfin un dénouement aussi immoral qu'attendu.

L'auteur a-t-il voulu dénoncer ces pratiques ? en jouer ? faire rire une certaine catégorie de public à la manière d'un humoriste de stand up ? Est-il offusqué ou gêné ou seulement spectateur de ces caricatures d'êtres humains ? je n'arrive pas à me faire une idée précise de ses intentions à la seule lecture de ce texte qui pour moi ne dépasse pas le 1er degré et qui n'exploite pas la dimension cruelle de cette situation qui aurait pu être intéressante mais qui n'arrive pas à sortir de la caricature surexploitée. »

« Le sujet m'a beaucoup fait rire et j'ai aimé cette audace de dénoncer et de montrer le vice de l'argent et surtout là où il peut emmener. J'ai trouvé cette pièce sadiquement drôle. Les trois personnages sont bien marqués avec chacun leur caractère de « salaud ».  Il y a une belle évolution de la pièce, de bons rebondissements. L'auteur a su trouvé une rythme juste pour ne pas lasser le lecteur, en effet je ne me suis pas ennuyée une seule fois et je lisais avec envie et curiosité. »

Elsa, Marie-Claude, Sarah

 

Grandeur et Misère d’un Etat des Lieux

 

De Maurici Macian-Colet

 

Genre : tragédie

Personnages :  9 H / 3 F (une poupée)

Thèmes :             La domination, le racisme, le machisme, l’abus de pouvoir, les sans papiers, la prépotence de l’argent et ses dérives, le chantage, le « corps de la police », les bavures policières, les magouilles, la vengeance, le trafic d’enfants, la rivalité entre sœurs, la famille, la sororité.

 

La fable

« Germaine et Marion sont deux sœurs métisses. Elles n’ont jamais connu leur père, un sénégalais ventriloque, qu’au travers d’une photo en noir et blanc. Marion est une belle femme qui aime les hommes mais qui est incapable de ressentir de l’amour. Elle exerce le métier de ventriloque, comme son père, et repart après chaque représentation au bras d’un homme qu’elle emmène chez elle. Un jour, elle tombe enceinte de l’un d’entre eux. Elle veut avorter mais sa sœur la convainc de mettre au monde l’enfant pour le lui donner car elle n’a pas d’enfant. Marion met au monde un fils, n’éprouve aucun sentiment maternel pour lui et l’offre à sa sœur. Or Germaine rejette également l’enfant.

Marion vivait jusqu’ici dans un appartement dont le propriétaire est le commissaire de police, Lachkar. Ce dernier la met à la porte sous le regard d’un huissier et garde la caution. Marion en est réduite à accepter de loger, de cohabiter dans la cave de l’immeuble que loue Fadel à Lachkar. Dans cette cave se trouve aussi un 3eme, Lui, clandestin qui ne comprend pas la langue et répond toujours oui. Lachkar  lui propose un marché : l’héberger gratuitement (dans la cave d’un immeuble qu’il possède) en échange d’un service. Le service, c’est de coincer l’amant de sa femme pendant qu’il assouvit son fantasme : se faire sodomiser par elle, munie d’une ceinture à godemichet… »

 

Ce que j’en pense

« Certes, il y a ici un parti pris de l’auteur car tous les personnages blancs sont racistes, sexistes et abjects alors que les personnages noirs sont intègres, respectueux, bienveillants, pacifistes… et dépendants du bon vouloir des Blancs.

Quant aux deux métisses, elles n’ont pas trouvé leur place dans la société bien qu’elles aient un prénom et un patronyme français. On devine que leur vie n’a pas dû être facile : ni noires, ni blanches, non reconnues, élevées par une mère blanche peu aimante, désabusée par l’absence de leur père sénégalais, reparti au pays, peut être montrée du doigt par son entourage.

Le déroulement est traité avec habileté.                                              

 J’ai été happée par cette histoire pourtant sordide que l’ai lue d’une traite et l’ai visualisée comme un film.

J’ai apprécié de n’avoir pas vu venir « les périls à venir ».

En effet, les manipulations successives de Lachkar s’imbriquent comme les pièces d’un puzzle pour confondre Sauvage et pourtant rien ne se passera comme il l’avait prévu. Tous ces rebondissements conduisent à un dénouement tout autant inattendu.

Cette pièce me parle avant tout du racisme qui engendre la haine et des « bavures policières » qui en découlent. Cette fiction me parle également des abus de pouvoir en tout genre grâce à l’argent, au statut ou à la fonction d’un individu, encore plus s’il est couvert par sa corporation.                        

J’ai beaucoup aimé cette pièce au réseau thématique riche et cohérent. La psychologie des personnages est particulièrement nourrie et intéressante. »

« J’entre facilement dans cette histoire, car la langue est bien construite et assez imagée.

Il y a rapidement de nombreux personnages et plusieurs histoires imbriquées les unes dans les autres. Texte vite compliqué qui tient en éveil.

Je trouve intéressante l’idée de l’auteur de prendre pour prétexte l’état des lieux initial pour mettre au jour une toute autre histoire, en fait.

Des images très fortes me viennent rapidement, comme celles de Marion dans la cave, qui se motive à l’aide d’une poupée ventriloque à ouvrir les yeux, afin de voir approcher un intrus, appelé Lui. Moment fort, que j’aurais aimé dire à haute voix, tellement je le trouve bien tourné, passant du vouvoiement au tutoiement à cause de l’urgence.

Mais l’histoire devient sordide, à la moitié du texte, avec Lachkar, sa femme et Sauvage, son amant « spécial » ; je me mets sur la réserve. Ou est-ce le monde des flics, caricaturé à outrance qui me rebute ?

Comme je le craignais, mon envie décroche avec l’histoire de la bague, cherchée dans la merde... Le sordide a pris le dessus sur les bonnes idées du début de texte. »

« Je trouve ce texte remarquable bien que dur. Les thèmes abordés m’ont violentée mais comme j’aime l’être au théâtre. La construction de la pièce est telle qu’elle ne livre pas toutes les réponses, elles arrivent peu à peu, alors que l’on ne s’y attend pas. Et je trouve ça intelligent.

Les personnages sont d’emblée très forts, que ce soit dans leur violence, leur racisme, leur désespoir. On les déteste, aucun n’est sauvable. La catharsis de la tragédie fonctionne à plein régime. On peut croire que les gentils sont sauvés mais non. Même TB auquel je me suis attachée parce que c’est celui parait être le plus « normal » ne l’est pas, il fuit laissant Marion qui se fait tuer. Rien n’est épargné, personne n’est épargné.

Merci à l’auteur de m’avoir offert ces merveilleux personnages à détester. L’état des lieux n’est pas reluisant… »

Claire, Claudie, Sarah

Octobre 2018

Pourvu qu’il pleuve

 

De Sonia Ristic

 

Texte en lice pour l’Eclat de Cœurs

Texte lauréat de l’Eclat de Cœurs 2019

 

Genre : Fragments de vie dans un espace donné sur fond de drame.

Personnages : 4 F / 3 H

Thèmes :             Le monde du travail et les relations humaines ; un prétexte ou une opportunité pour parler des questions existentielles : la vie, la mort, l’amour, la résistance, la religion, la liberté individuelle, les peurs de construire une famille, les choix, les rêves envolés.

                               Le réseau thématique tourne autour de la vie quotidienne, ses aléas et ses bonheurs, ses rêves et ses renoncements, vue au travers du prisme d’une microsociété, celle d’un café restaurant.

 

La fable

« Une journée dans un bar restaurant, de la salle à la cuisine, de l’ouverture du rideau de fer à sa fermeture, trois moments clés : le matin quand « on est en place », le midi au moment du « coup de feu », le soir quand le rideau se baisse et que le monde bascule. »

« Dans un café- bar-restaurant, des professionnels des divers services de restauration (cuisinier, second, extra, serveuses) vont nous emmener depuis la pré-ouverture du café à l’aube, jusque tard dans la nuit, dans des moments de leur vie professionnelle et extra-professionnelle. Chacun va tenter de livrer ses sentiments sur sa vie sur ses observations, ses peurs, ses désirs, ses désenchantements, ses interrogations et ses certitudes.

Le brouhaha du bar est habité par les conversations des clients. Des voix.

L’observation du couple de la table 12bis par la blonde et l’étrangère anime ce tableau. C’est un couple illégitime en pleine rupture.

Alors que ces êtres se questionnent, l’annonce d’attentats à la terrasse des cafés se propage par les téléphones et terrorise les acteurs de ce huis clos. Chacun se souvenant de l’endroit où il était avant que ce cataclysme ne s’abatte sur la ville. »

Ce que j’en pense

« La pièce est découpée en quatre parties intitulées matin, midi, soir et rideau fermé « short cuts ». Chaque partie comprend différentes scènes dialoguées faisant intervenir soit les trois serveuses, soit les deux cuisiniers, soit le couple d’amants, soit encore les cinq employés ensemble avec par moment les voix des clients entrecoupées de celles des serveuses lors du service en salle.

Seule la première scène diffère : les trois serveuses s’adressent tour à tour à elles-mêmes pour nous faire part de leur ressenti avant l’ouverture. Puis, d’un coup, des adresses entremêlées de clients entre eux, de clients aux serveuses, des serveuses à elles-mêmes fusent… »

« Chacune de ses parties et scènes, d’inégales longueurs, nous fait pénétrer par des répliques assez courtes dans l’univers de tous ces personnages.

Il est question, à de multiples reprises, comme un refrain, une rengaine de ce « moment » où, chacun trouve des raisons de se trouver bien.

La petite dit : « Le moment que j’aime le plus, c’est entre chien et loup, quand l’alcool arrive, que le monde est abasourdi, flouté, que l’alcool rend l’instant plus beau et que tout est possible.

Et puis, les Voix parlent de ce « moment-là », celui de la tragédie des attentats terroristes. Chacun se souvenant de ce qu’il faisait juste avant ce moment-là. Mémoire collective. »

« Le chœur des serveuses est composé de trois femmes, la Blonde, « la parfaite mère de famille ratée », la Petite, « la terroriste ratée », l’Etrangère « la grande artiste cosmopolite ratée ». Ces trois personnages dévoilent petit à petit, leurs rêves, leurs parcours, entre les commandes et les récriminations des clients. Je les écoute, je les regarde traverser la salle et entrer en cuisine car c’est là une des qualités de l’écriture de cette pièce : elle me donne à voir l’action.

Je me suis attaché à chacun de ses personnages, à leurs désirs inassouvis et comme les serveuses je me suis dit « pourvu qu’il pleuve » pour une pause. En effet, pour les serveuses « un après-midi pluvieux dans ce bar, c’est comme un meilleur monde possible », moins de clients, moins de travail, moins d’histoires qui s’entrechoquent. Mais il ne pleut pas, tout du moins, pas encore. Et quand l’orage se déclenche, la seule solution est de baisser le rideau et de se réfugier à l’intérieur du bar restaurant avec les deux cuistots qui se mettent à prier tournés vers l’est.

Texte fort, à l’écriture puissante, aux personnages bien campés, je le retiens sans réserve. Merci à l’auteur/l’autrice pour ce beau moment de lecture pour ce théâtre de la vie qui parle de nous. »

« Tout est écrit avec pudeur et sensibilité, mais le réalisme n’est pas absent, bien au contraire. Les personnages s’affrontent, se confrontent, se construisent et se dessinent au fur et à mesure.  Leur cheminement m’a tenue en haleine.

J’ai beaucoup aimé l’idée de ce « moment » que l’on trouve tout au début, comme bien sûr, une ouverture de scène, au moment où tout est prêt à accueillir les clients et où le rideau de fer va se lever et qui est évoqué tout au long de la pièce. »

« J’ai lu cette pièce d’une traite avec beaucoup de plaisir et d’intérêt.

J’ai trouvé les personnages attachants et bien campés dans leurs différences.  Les interrogations existentielles sont celles d’une jeunesse désorientée qui cherche sa place dans la société quand tout va à vau-l’eau : la famille, l’emploi, la mondialisation… ; quand tous les standards sont bouleversés et que l’on assiste à une fracture entre deux mondes, les nantis et les autres.

   Malgré tout, et bien que les personnages n’aient pas trouvé de réponses à leurs questions, ils refusent encore d’entrer dans le rang, continuent d’espérer, de lutter contre le fatalisme, le conformisme, le monde extérieur qui les effraye.

Je serais surprise de m’être trompée en ayant perçu dans l’écriture une plume féminine. »

Christine, Michèle P, Yves

Juin 2018

 

D’Urine et de Fer

 

De Michel Gendarme

 

Genre : Drame

Personnages : 3 F / 4 H

Thèmes :         La migration, ses raisons et ses conséquences. La fratrie, la jalousie, l’Afrique, ses traditions, la colonisation, l’exil… Ascendant de l’aîné sur le cadet / Ascendant du fils de la jeune mère-gazelle sur celui de la vieille femme / Catastrophes des pollutions chimiques / Amour partagé pour une même femme

 

La fable

« Deux frères : Aîné et Cadet. Seuls, enfermés dans la cale d’un cargo. Le navire est immobilisé au large d’un port. Une seule ouverture, petite, difficilement accessible, donne la lumière. Elle laisse parfois entendre la voix lointaine, mélodieuse, d’une Sirène. Elle chante depuis la scène d’un théâtre de plein air, dont le fond donne sur la mer. Dans la cale, à de rares moments on pourra entendre des bruits de pas, lourds, résonner dans l’infrastructure métallique du navire. »

« Les deux frères ont grandi ensemble mais ils n’ont pas la même mère et au village ils étaient tous deux sous le charme de la belle Issa, lorsqu’ils jouaient au bord de l’eau ou lorsqu’ils gardaient le troupeau. Enfants ils ont fui leur village après l’empoisonnement de la population par les usines des blancs, et les conséquences de leur présence en Afrique. Dans leur nouveau village l’aîné est destiné à être forgeron et devenu un homme après sa circoncision, il aimerait bien épouser Issa. Le cadet est plus intéressé par les livres Mais des hommes et la guerre sont arrivés, ils ont semé la discorde au sein de la population, séparant les gens et les deux frères avec des papiers verts ou rouges suivant leur bon vouloir, la misère et la pauvreté ont gagné la famille, devant cette catastrophe le cadet s’exile pour l’Europe ou on espère qu’il trouvera de quoi sauver la famille, à son retour la belle Issa lui est promise, car c’est du cadet que la belle Issa s’est finalement éprise. Mais l’eldorado ne s’est pas avéré aussi beau qu’il le promettait et lorsqu’il rentre au pays la belle est morte assassinée… »

Ce que j’en pense

« Ce qui frappe d’entrée dans ce texte est la forme de l’écriture ; le cargo dans lequel va se dérouler la pièce est un personnage à part entière. En effet, il pense, il nous parle, se pose des questions sur les bruits que peuvent entendre ses occupants, il chante même… L’aîné et le cadet se parlent, pensent ou rêvent sur deux colonnes, avec la colonne du cargo entre eux, comme pour marquer une séparation physique. Le texte est donc en format paysage, c’est inhabituel mais pratique.

Plus loin, ce sont les autres personnages, qu’ils convoquent dans leurs souvenirs, qui se trouvent dans la colonne centrale. Cela se produit ainsi tant qu’un des deux est endormi ou qu’ils sont dans leurs souvenirs. Dès que les deux frères sont éveillés et se parlent dans le cargo, l’écriture est « normale ». Les frères se répondent souvent en répétant ce que dit l’autre. Je pense que l’effet théâtral est indéniable dans ce genre d’écriture et crée une ambiance particulière.

L’auteur a un rythme particulier dans son écriture double ou triple, qui emporte comme un chant, mais donne aussi à réfléchir.

les personnages sont attachants, les uns comme les autres, de par leurs réflexions intérieures car on s’attache à celui qui se livre et là, même le cargo se dévoile ! J’aime beaucoup. Au fil du texte, je me rends compte que l’amour-haine des deux frères se nourrit de leur amour commun pour Issa et tout le propos de l’auteur se trouve là, pour moi. Quelles peuvent être les raisons qui poussent à laisser derrière soi toute sa vie ? »

« C’est un texte long qui se tricote avec un fil dramaturgique et qui se détricote quand le fil se rompt. La construction m’a paru complexe, les personnages aussi ; deux frères l’un aveugle l’autre pas le plus jeune. Il sert de vision à son frère, un peu comme Antigone et OEdipe dans la tragédie grecque. C’est un peu construit comme une tragédie avec un destin connu ou soupçonné dès le départ de l’histoire. L’auteur a personnifié le cargo pour en faire un personnage à part entière qui à mon avis, symbolise la matrice de la femme, de la mère dans laquelle les deux frères sont enfermés en espérant des heures meilleures.

Nous ne sommes pas du tout dans le réalisme mais bien dans la métaphore de bout en bout ; exemple de la sirène dans un théâtre qui symbolise la liberté (jamais atteinte, comme le symbolise les sirènes) dans un lieu de démocratie au sens où l’entendait les Grecs : l’agora.

Toutes les qualités d’écriture, de l’histoire, des métaphores ne m’empêchent pas de penser que certains passages doivent être retravaillés et notamment dans la longueur du texte, même si j’ai beaucoup aimé me laisser aller dans cet huis clos, des boucles reviennent encore et encore. J’ai compris aussi que cela faisait partie du style de l’auteur que les grandes boucles ont parfois un rôle pédagogique mais ce n’est pas tranchant comme le sont parfois certains passages, les respirations sont trop longues et ont finies par m’épuiser. »

« Ce texte possède une écriture très poétique et très imagée, surtout dans les scènes de chœur ou le texte m’a paru presque musical et j’avais presque envie de pouvoir entendre les tam-tams africains résonner dans le lointain, car c’est bien d’Afrique qu’il s’agit dans ce texte, une Afrique ou les traditions et l’histoire ont amenés ces deux frères à pourrir au fond de la cale de ce cargo. J’ai trouvé que le fait de situer cette histoire au fond de la cale d’un cargo amenait un côté intemporel à ce texte car des débuts de l’esclavage où les esclaves étaient entassés au fond des bateaux jusqu’à aujourd’hui ou encore tant d’hommes essayent de quitter leur pays sur des embarcations de fortune, l’Afrique n’a de cesse de lier son destin aux bateaux.

Triste réalité que celle de tous ceux qui fuit leur pays pour des jours meilleurs, « les fuyants » comme les appelle si bien le texte, c’est d’ailleurs le titre de cette trilogie dont ce texte est la première partie. »

Claire, Frédéric, Nicoletta

Folie, un autre Mot pour Amour

 

De Louise Caron

 

Texte en lice pour l’Eclat de Cœurs 2019

 

Genre : dialogue tragique entre deux personnages

Personnages : 1 F / 1 H

Thèmes :         L’amour dans tous les possibles du terme / L’art et la reconnaissance de l’artiste / La place de la femme dans les arts et dans la vie / La souffrance du génie non reconnu parce qu’il est celui d’une femme

 

La fable

« Ce n’est pas par paresse que je vais me contenter de copier la note de l’autrice/auteur mais simplement parce qu’il m’est impossible de mieux faire :

« Cette pièce est une fiction plausible, reposant sur des éléments de la correspondance de Camille Claudel, les pièces, poèmes, notes et biographies de Paul. Elle se déroule en un lieu unique - l'atelier de Camille Claudel - le matin du 6 décembre 1905. À ce moment-là, il serait encore possible pour Camille d’échapper au destin qui la guette. C’est l’hypothèse qui a guidé mon projet d’écriture.

La veille, le 5 décembre 1905, une exposition rassemblant des œuvres majeures de l'artiste a eu lieu, avenue de la Madeleine, dans la galerie d'Eugène Blot. Camille, qui a 41 ans, mène une existence misérable. Elle souffre, depuis plusieurs mois par intermittence, d’un délire de persécution. Depuis l’automne, elle est atteinte d’une bronchite sévère.

Son frère, Paul — alors consul de France en Chine — et plusieurs de ses amis craignent pour sa vie, d'où l'idée de Blot, son galeriste, d'organiser cette "rétrospective".

Ce matin-là, Paul vient visiter sa sœur pour la raisonner afin de mettre fin à ses « folies ». Cela fait plus de cinq ans qu’ils ne se sont pas trouvés en tête à tête. Ensemble, ils vont évoquer le passé tentant de renouer avec leur ancienne complicité mise à mal par la liaison entre Camille et Rodin et par le départ de Paul aux USA puis en Chine.

Durant cette matinée, dans l’atelier glacial, les deux personnages cheminent, portés par leurs préoccupations. Ils s’exposent leurs amours difficiles, discutent d’art, de spiritualité, par bouffées leur remontent les petits riens de leur enfance et de la jeunesse. Camille sans amour, sans argent, est enfermée dans un tourment qui la mine. Mais, fidèle à son tempérament tempétueux elle manie humour et sarcasmes. Ces propos doux-amers joint au caractère de Camille sont autant obstacles à la délicate mission de Paul.

Paul s’ouvre à Camille de ses tiraillements entre sa foi, son besoin de création et ses désirs charnels. Paul lui apprend qu'il va se marier avant de repartir pour la Chine en mars 1906. Sa sœur lui fait alors une étrange demande : l'emmener avec lui en Orient.

Ce voyage aurait-il le pouvoir de sauver Camille de ses maux ? Paul, dans un élan de tendresse, l’envisage. Il promet de lui écrire, de lui indiquer la date du rendez-vous pour les rejoindre, lui et sa femme, au bateau.

Camille ne reçut jamais la lettre… fut-elle seulement écrite ? ».

 

Ce que j’en pense

 

« Ma première lecture s’est déroulée d’une traite tant j’ai été absorbé par le dialogue entre ces deux frère et sœur, ces deux artistes, cet homme et cette femme, ces deux êtres qui, malgré la promesse de l’un à l’autre, se séparent définitivement.

J’en suis sorti ému, désireux d’en savoir davantage sur la vie de ces deux artistes que je ne connaissais qu’à travers certaines de leurs œuvres dont le marbre de Persée et la Gorgone, dont il est question dans la pièce.

 

Ma seconde lecture destinée cette fois ci, non plus au plaisir de la lecture mais à la nécessité de rédiger cette fiche, m’a laissé avec une émotion décuplée.

 

La construction de cette pièce, comme le sous-titre l’indique, est celle d’une rhapsodie, pièce musicale de forme libre, dans laquelle se trouvent des thèmes différents. En effet, chaque scène porte le nom d’une pièce musicale, prélude, rondo, sarabande, pavane, menuet, valse et enfin tarentelle. Chaque scène peut être le reflet littéraire de la forme musicale choisie. Comme exemple j’évoquerai la scène 3 intitulée sarabande qui est une pièce musicale d’un mouvement lent que certains musicologues qualifient de noble. Cette scène évoque l’incompréhension du génie de Camille par ses proches, surtout sa mère, ou ses détracteurs reflets de la société misogyne qui lui prête le talent d’un homme. Camille s’insurge contre cette société :

« j’ai tracé mon sillon d’un seul pied.

Toute boiteuse que je sois je suis une artiste.

N’en déplaise aux ratés misogynes. »

 

 C’est dans cette scène que l’on ressent la fracture entre la complicité des deux enfants et le lent détachement du frère vis-à-vis de sa sœur. »

 

« La pièce est découpée en 7 parties prenant chacune le nom d'une danse ou d'un morceau de musique et ce découpage va rythmer le déroulement de la pièce. On passe de phases d'exaltation à des moments plus calmes puis l'écriture rebondit pour avancer et arriver enfin au dénouement de cette fiction qui s'intègre habilement au destin tragique de Camille Claudel que l'on connaît.

 

Dans la construction de cette fiction plausible, l'auteur amène le dénouement par le biais d'un monologue qui met en lumière l'éloignement physique et moral de Camille et Paul. Je trouve tout cela très propice à une mise en scène théâtrale et j'imagine très bien ce texte au plateau.

 

Je me rends compte que cette fiche de lecture n'est pas très didactique (ou orthodoxe) et j'avoue que j'ai eu du mal à la construire tant j'ai été conquise par ce texte, cette écriture, cette hypothèse et la façon dont l'auteur l'a traitée. »

 

« Un texte d’une grande poésie, d’une richesse de mots, de tournures élégantes mais aussi parfois très crues. Il est posé sur le papier comme un long poème à deux voix, bien construit sur le plan dramaturgique.

 

Il est découpé en 7 parties d’inégale longueur, toutes portent le nom d’une composition musicale : Prélude, Rondo, Sarabande, Pavane, Menuet, Valse, Tarentelle, mais qui sont aussi pour la plupart, des danses. Cela m’a incitée à être spécialement attentive au corps des personnages, à la projection que j’en faisais au fur et à mesure de ma lecture, à les imaginer ensemble dans l’espace théâtral, dans ce qui est à la fois une joute verbale, mais aussi un ballet des corps.

 

Ce texte est un formidable plaidoyer pour l’Art, il me semble que je passerais à côté de quelque chose d’essentiel si j’omettais de le dire ! L’exaltation et la démesure des personnages ne doivent pas nous aveugler : il n’est pas question de dire que chacun de ces deux personnages se lance à corps perdu dans leur Art, sans autre motivation que leur souffrance. Certes, elle est une flamme qui les guide, mais il y a chez Camille et chez Paul, une grande intelligence de la création, un discernement, une réflexion profonde, ce sont des êtres souffrants mais ce sont des Artistes !

 

Encore un mot sur la matière texte, sculptée par l’auteur-e : la langue de Camille est charnelle, « brute », échevelée, sauvage, directe, comme elle, la rebelle, l’entière, à l’image de la matière de ses oeuvres sculptées. L’auteur-e y a inséré des extraits de la correspondance de Camille. La langue de Paul, elle, je l’ai trouvée plus posée, plus indirecte, elle emprunte plus de détours, d’images métaphoriques. Ponctuée de citations de Paul, cela renforce le vivant. Dans les deux cas, cette écriture a suscité chez moi des images fortes, d’une belle théâtralité ! 

Marie-Claude, Michèle S, Yves

L’Échafaudage

 

De Ella Balaert

 

Genre : Comédie dramatique

Personnages : 5 F / 5 H

Thèmes :             La fin d’un monde. L’utopie de reconstruire un monde meilleur. Qu’est ce qu’être vivant (ou mort) ? Qu’est ce qui nous tient “debout” ? ... Les différentes phases par lesquelles des individus, soumis à des conditions extrêmes, passent: vivre la précarité, la promiscuité,le sentiment de liberté, le renouveau, le besoin de règles pour vivre ensemble, le pouvoir, le système D, les conséquences de la perte de repères, de buts, d’avenir...

 

La fable

« Suite à une tempête apocalyptique en tout genre, un groupe de 10 personnes qui ne se connaissent pas se retrouve rescapé sur un échafaudage perché entre terre et éther ! Après un état des lieux sur l’endroit et sur chacune des personnes qui y avaient trouvé refuge, la vie de la petite colonie s’organise sous l’impulsion de Cléon, l’aîné du groupe. Certains ayant prévu cette apocalypse étaient même arrivés avec des bagages. Chacun vit plus ou moins sa vie selon ses envies. Chacun est manifestement plus ou moins heureux d’avoir quitté sa vie terrestre : Josie et sa vie de mère au foyer coincée entre les repas pour ses

quatre enfants et son mari et le ménage, Gil et son travail d’employée de bureau sous les ordres d’un patron qui l’insupportait etc… Il est impensable pour eux de revivre ce qu’ils ont vécu sur terre, ils

veulent faire table rase de leur vie passée, en commençant par la façon de prendre les décisions pour le groupe. Ils optent, à l’initiative de Double-six, pour la « décratie », le pouvoir donné par un jet de deux dés.

Si dans un premier temps, chacun fait au mieux pour établir un semblant d’équilibre indispensable à la survie de tous, Josépha s’assurant même par un test tout simple a étudié l’équilibre de chacun, équilibres personnels qui se répercutent sur l’équilibre de l’édifice même sur lequel ils perchent, si le temps passant, chacun oublie peu à peu sa vie passée, Josépha en oublie le nom de son mari laissé sur terre, Josie ses enfants etc. les affinités, les attirances naissant petit à petit vont mettre à mal l’équilibre précaire de ce

microcosme, de cette microsociété qui ne peut manifestement pas se défaire du modèle (ou des modèles) d’où ces personnes sont issues. La découverte d’un boulon sur l’échafaudage, boulon de l’échafaudage lui-même annonçant un effondrement de ce dernier, est l’élément qui met le feu aux poudres. Les divergences, les rancoeurs surgissent alors. L’équilibre de cette microsociété se délite parallèlement à la désagrégation de l’édifice. Le semblant de cohésion qui existait entre eux explose ; les pulsions animales, l’instinct de survie, chacun pour soi, ressurgissent. Il y a ceux qui décident de quitter l’échafaudage, certains par le haut (Svenn et Albéric), d’autres par le bas (Josie), Cléon lui a été poussé par Josépha par-dessus l’échafaudage. Seuls Adriel et Nina tentent de resserrer les boulons de la structure pour maintenir l’échafaudage en état.»

 

Ce que j’en pense

 

« Le titre “L’échafaudage” résume parfaitement l’instabilité et la précarité du lieu mais aussi, au sens figuré, ce qui s’imagine,se rêve, se fonde, se trame, se manigance …

Le texte est très bien construit car il dévoile petit à petit les différentes étapes par lesquelles passe le groupe. On pressent que cet assemblage d’individus ne va pas tenir.

Les personnages , tous très distincts et bien campés, évoluent tout au long de la pièce. La parité des personnages comporte différents âges, différentes professions. Chacun fait comme il peut avec ce qu’il est.

On retrouve dans ce groupe hétérogène les luttes de pouvoir, les atouts, les travers, les attirances, les forces et les failles de chacun.

Le chœur vient en contrepoint magnifier la situation, comme une conscience collective, comme si les protagonistes formaient une seule entité. Dans le premier chœur, il s’agit de l’envie d’aller de l’avant sans

se retourner ; dans le second, c’est le bonheur d’être en vie en toute égalité avec les autres

“nous voilà tout seuls ensemble

ensemble nous tenons les uns aux autres,

les uns par les autres”

dans le troisième, c’est le déclin “être à peine vivant, rester debout, résister à l’appel du vide”.

Les voix du monde On les entend quand tout est calme sur l’échafaudage. Elles viennent du monde d’en bas. Elles peuvent être dites dans différentes langues. Elles renforcent réellement la dramaturgie. Elles sont peut-être des réminiscences de leur vie passée à moins que la vie ait repris son cours normal dans le monde d’en bas. Elles témoignent en tout cas de préoccupations qui ne sont plus les leurs.

Le dénouement est comme l’échafaudage : “Open space”. On ignore ce que vont devenir ceux qui quittent “le navire”. A nous, spectateur, de l’imaginer. »

 

« Cette idée d'échafaudage me plaît, cette structure instable et qui se perd à vue d’oeil vers le haut avec le vide tout autour est bien représentatif de la vie. Ces dix individus de tout âge et d'environnements différents vont devoir cohabiter ensemble. Comment accepter l'autre ? Comment avoir confiance en l'autre ? Comment savoir se taire et se laisser porter par les autres ou au contraire comment s'imposer. Toutes ces choses , ces personnages les traversent. Créer une mini société, peut-être plus utopique que celle existante. Mais cela est voué à l'échec , avec cet échafaudage qui perd ses boulons et la mort de l'un d'entre eux, on arrive plus à écouter l'autre et à essayer de construire quelque chose de viable. J'ai apprécié la présence du choeur avec ses parties chantées qui apporte un côté poétique et très concrète de ce qu'il se passe et de la vie en général. Je serai bien curieuse d'assister à une représentation de ce texte. Voir dix comédiens se démener sur un échafaudage !

Christine, Jean Luc, Nicoletta

Mai 2018

 

Cachons-nous sous cet Amandier

De Shady Nafar

Genre : Comédie dramatique

Personnages : 1 F / 1 H

Thèmes :             La perte d’un amour d’enfance. Le souvenir. Le rêve et les rêves. L’amour.

La fable

« A travers leur récit Elle et Lui nous font découvrir un bout de leur vie ou de leur rêve. Puis au fil du récit on comprend qu’Elle est morte. Lui, l’a enterrée sous un amandier. Cet amandier sous lequel ils avaient l’habitude de se retrouver depuis leur enfance. »

« Deux amis d’enfance qui se retrouvaient sous un amandier dès que Lui avait terminé ses devoirs et qu’Elle l’observait à la jumelle, se lancent dans un road movie sur la route 66. Arrivés au centre de leur voyage, ils n’ont plus d’argent et décident de braquer un café restaurant pour pouvoir continuer. Pour échapper à la police, ils se réfugient au Mexique où ils rencontrent Andrés, un trafiquant qui les emmène jusqu’à Acapulco. Andrés confie la garde d’un bateau au jeune homme pendant que Elle décide de vivre sa vie séparément. Elle se lance dans un défi, plonger dans la mer d’une haute falaise, pour que Lui parie sur ses chances de le relever. Je suppose qu’elle n’en sort pas vivante et que Lui décide de poursuivre sa route jusqu’en Patagonie comme ils l’avaient décidé. Lui maintient la présence de Elle durant la fin de son périple, la cherchant auprès des flamants roses qu’il rencontre, dans les salles de tango à Buenos Aires, dans tous les endroits qu’Elle voulait découvrir. »

Ce que j’en pense

« J’ai beaucoup aimé ce texte, je l’ai trouvé léger dans la forme, joyeux, sa construction est classique, deux personnages, des dialogues, des figures textuelles efficaces ; des attaques, des riposte, des ouvertures des bouclages bien trouvé, bien amenés qui fonctionnent et donne à l’action (au drama) une vitalité nouvelle. J’ai lu et respiré ce texte. Je l’ai trouvé loufoque en apparence mais en approfondissant ma lecture il m’est apparu très construit et profond.

L’auteur a su très vite me faire comprendre qu’ « Elle » était morte et que « Lui » continuait à la faire vivre à travers ses souvenirs, leurs rêves peut être, ce qu’ils avaient toujours rêvés de faire ensemble. Le décès d’ « Elle » a mis fin à leur partage. j’ai trouvé dans le personnage de « Lui » une force à vouloir poursuivre coute que coute un bout de leur chemin, j’ai trouvé ça touchant de sa part, mais surtout dramaturgiquement très intéressant. L’auteur a donné à « Lui » la force des deux, c’est « Lui » qui prend en charge leur aventure, « Elle » se bat pour rester auprès de lui, est-ce une métaphore de la maladie ? L’auteur a donné à une issue terrible une poésie, parfois dérisoire (quand Elle se cache derrière le cercueil et qu’elle se fait passer pour « la brrrigade des stoups »ou quand elle est standardiste avec pour répondre au téléphone sa chaussure à talon) c’est poétique, dramatique parce qu’on sait très bien qu’ « Elle » est morte à ce moment là et en même temps j’ai eu envie de croire que le temps du présent était vivant et réel. C’est un peu cela que j’ai ressenti à travers ma lecture des ellipses qui m’ont permis de me faire oublier qu’ « Elle » est morte. »

« Je m’attache vite à ces deux jeunes farfelus, qui nous sont présentés dans un dialogue vif.

Car, même si le sujet n’est pas nouveau, road-movie, braquage et mises en danger, la situation est innovante dès le début : Lui est assis sur un cercueil et fait comme s’il parlait à Elle, qui est dedans. C’est quand Elle répond réellement, de l’intérieur du cercueil, que mon attention est retenue. Durablement, puisque l’auteur poussera son idée en utilisant le cercueil comme une voiture potentielle, puis ultérieurement comme un bateau.

La présence du cercueil prend alors un tout autre sens. D’ailleurs, quand Elle veut en sortir, Elle dit qu’Elle ne veut pas mourir une 2de fois, Elle est donc bien morte, jeune femme, semble-t-il. Et je relis donc le texte, avec cet éclairage… Le texte accède alors à une tout autre dimension. Lui rêverait-il de leurs anciens rêves d’enfants, mêlés à leur amour de jeune couple, avorté à cause de la mort de la jeune femme ? Et là, je ne vois plus que cela ; de nombreux indices sont semés dans le texte en ce sens. Ainsi, Elle s’empiffre littéralement, mais ne grossit jamais et est toute petite, comme une enfant. Ou plus loin, dans une didascalie, quand « Elle tombe comme morte dans ses bras».

« Texte court qui déroule ce tragique road movie en 10 tableaux. La construction du texte est intéressante mais les césures dans la fable n’apparaissent pas avec évidence. Ce qui me laisse un peu perplexe ; est-ce le récit d’un road movie tragique ou est-ce le rêve de deux enfants qui inventent leur périple au fur et à mesure ? Pour moi, le texte navigue entre ces deux possibilités sans réellement privilégier l’une ou l’autre interprétation. Liberté de choix laissée au metteur en scène ?

Les personnages mériteraient davantage de profondeur. Elle est le personnage le plus développé mais très rapidement, son caractère est dévoilé et j’ai eu l’impression de ne plus avoir de surprise au milieu du texte. Lui est un personnage sans envergure, on ne le voit pas évoluer tout au long de la pièce.

L’intrigue reste faible. Les « coups de théâtre » qui pourraient la relancer manquent de punch et sont de l’ordre du cliché (le mafieux mexicain par exemple).

L’écriture est agréable à lire et permet de compenser le manque de profondeur de la fable. »

« En relisant la rubrique ce que j’en pense j’ai trouvé un enthousiasme grandissant dans mes remarques face à une situation dramatique que vivent les deux personnages, à aucun moment la mort ne m’a paru triste, plombante, mais au contraire comme une mèche que Lui rallume sans arrêt pour donner vie, ne serait-ce que quelques instants à son amour de toujours. »

Ce texte est finalement bien construit si l’on tient compte de tout cela et la dramaturgie fonctionne, puisque Lui reste en suspens à la toute fin et en attente de Elle, comme au début, en somme. Par contre, si le texte a constamment cette subtilité, comme j’ai cru le percevoir, cela me semble compliqué pour un spectateur de suivre sans révélateur. Le travail du metteur en scène sera donc essentiel et une belle réussite peut être au bout de l’aventure. »

Claire, Frédéric, Yves

 

L’Homme à six Cylindres

De Pascal Nordmann (Gunda)

Genre : Comédie dramatique

Personnages : 1 f / 1 h

Thèmes :             La jeunesse insouciante ou tourmentée, l’attrait pour la guerre, le traumatisme (la cavale, la fin de vie du père), l’absurdité de l’existence(de la destinée), donner un sens à sa vie ( “sauver le monde ”)

La fable

« Deux enfants sont enlevés par leur père. Tous trois vivent une cavale dans une voiture à six cylindres. Le père voulait les soustraire à leur mère qui avait un amant, du moins c’est ce qu’il disait aux enfants.

Ils vécurent cette aventure pendant des années, le père les initiant au lourd et au léger, les protégeant de leurs rêves, celle de la gamine de voler par exemple. Ils passèrent de longs moments dans un palace en désaffection, dont le concierge se rendait complice de leur cavale.

Repris, la juge les rendit à leur mère. La pièce commence au moment où, devenus jeunes adultes, lui élève d’une académie militaire, elle étudiante en médecine, la vie, ou plutôt leur choix de vie, va les séparer. Ils se remémorent leur enfance dans cette six cylindres et s’interrogent toujours sur le sens de cette cavale. Partira-t-il à la guerre ? l’en empêchera-t-elle ? »

Ce que j’en pense

« Le texte n’est pas distribué pour ELLE ou pour LUI mais on comprend très bien qui parle et, généralement, le changement de locuteur se fait par un changement de ligne.

L’écriture est parfois poétique voir lyrique, avec de belles métaphores (j’ai beaucoup aimé celle du brouillard comme venu chercher quelqu’un) mais le sens est parfois délirant ou obscur...

Les didascalies ne sont pas souvent des indications de jeu, de position ou de localisation dans l’espace mais plutôt des sons, des bruits, des répliques indépendantes de la discussion principale, des ambiances, des formes (images ?) projetées…

Certaines sont inappropriées au théâtre:” Lui, face au mur, assis dans son ombre à elle, le dos à la porte, le dos aux jeunes gens qui s'embrassent sous les arbres.” Cette disposition face à face sur une banquette avec des personnages à voir derrière l’un d’eux ne peut se faire telle quelle sur une scène de théâtre et nécessite une adaptation.

D’autres sont fantasques: ”Une perle dans un cri de renard”,”Le bois, dans le renard du cri” ...

La construction laisse entrevoir une conception qui me paraît cinématographique (les “didascalies” renforcent cette impression). En effet, durant toute la pièce, ELLE et LUI sont attablés devant une assiette de soupe qu’ils ne consommeront pas. Le mouvement, la vie, est autour d’eux. Or nous sommes au théâtre et pas au cinéma, les personnages secondaires devront être au mieux derrière eux et risquent malgré tout de parasiter l’écoute car le regard ne peut zoomer pour isoler un tête à tête et faire abstraction de ce qui se passe tout autour comme pourrait le faire une caméra. »

« J’ai eu beaucoup de mal à entrer dans ce texte. La première raison tient à sa structure. Les répliques ne sont pas attribuées à l’un ou l’autre des personnages et il m’a fallu lire plusieurs fois les premières pages pour trouver ma clé de lecture. D’autre part, pour moi, c’est une écriture en spirale d’où parfois une certaine sensation de répétition qui disparaît lorsque la spirale ne fait pas boucle et relance l’action.

Cette écriture permet aux personnages de grandir sous mes yeux de lecteur. J’ai réellement eu la sensation ou les images de deux enfants qui prennent de plus en plus d’envergure au fil des pages jusqu’aux dernières pages où deux adultes vont se séparer et s’envoler chacun vers son destin. Le retournement progressif des rôles de chacun est amené avec beaucoup de délicatesse. Le frère ainé qui a toujours protégé sa petite sœur, devient celui que la sœur veut protéger en l’empêchant de partir à la guerre.

J’ai beaucoup apprécié la qualité de l’écriture, belle et réellement poétique. Les images qu’elle me suggère m’ont permis de visualiser l’action sur une scène théâtrale. Il y a un monde à créer qui est un défi pour un metteur en scène, notamment pour les interventions des multiples personnages mis en mouvement par les didascalies.

Je suis davantage circonspect sur le sens de la fable. J’avoue n’avoir pas nécessairement tout compris et peut-être même m’être fourvoyé tant il m’a été difficile de construire mon résumé.

Malgré ce dernier bémol qui est de taille cependant, mais parce que l’écriture m’a transporté dans un imaginaire très poétique, parce que les deux personnages m’ont réellement intéressé, parce que les images scéniques sont présentes, je retiens ce texte. »

Christine, Claudie, Yves

 

Les Insoumis

De Carole Prieur

Texte en lice pour l’Eclat de Cœurs 2019

Genre : Comédie dramatique

Personnages : 2 F / 1 H

Thèmes :         La vieillesse Une nouvelle jeunesse L'éveil de soi La vie, se sentir vivre l'amour la révolte Le souvenir

La fable

« Dans une maison de retraite « Bagatelle » trois destins vont se rencontrer, s’épanouir et s’éloigner. A travers les personnages d’Azriel, Marceline et Jacinthe-Jacinta nous allons voyager dans le passé, dans leurs souvenirs et nous allons traverser avec eux ce moment de vie qui les a réuni mais qui les éloignera doucement les uns des autres. »

« A l’orée de leur vie, chacun des 3 personnages se reconnecte avec les valeurs et les évènements qui ont structurés leur existence. Azriel, grâce à l’émission de radio, retrouve une énergie nouvelle pour reprendre ses combats de militant et organiser des rencontres transgénérationnelles pour débattre des solutions alternatives pour que le monde de demain ne soit pas stérile. Jacinta, désireuse de vivre sereinement sa vie jusqu’au bout décide d’accoler ses deux prénoms réunis par un trait d’union pacificateur. Elle sera accompagnée par la bienveillance d’Azriel jusqu’à la fin de sa vie. Marcelline, toujours prête à livrer des batailles, va quitter la maison de retraite pour aller vivre dans une maison autogérée par femmes seules et autonomes. »

Ce que j’en pense

« C'est un texte très émouvant. Ces trois personnages, malgré leurs âges avancés, nous donnent une gifle de joie de vivre ! Chacun a une histoire, un vécu assez lourd avec des profils complètement différents. Ils se sont forgés avec cela et nous les retrouvons dans cette maison de retraite où ils sont en standby. Marcelline réveille chez les deux autres, une fougue de jeunesse ! La machine a redémarré ! Marcelline, Jacinthe et Arzel sont très attachants, trop attachants, on sent que leur fin est proche et on a pas envie qu'ils partent !!! Ils sont généreux, pleine de vie, de rire, de désir ! C'est bon de voir des personnes de cet âge là reprendre vie et le goût de la vie ! J'ai eu le sourire en lisant, tout le long. Je me suis mise à rire à plusieurs reprises ! Même si c'est dur pour eux (physiquement, mentalement) ils ont toujours un sens de l'autodérision et un humour magnifique !

D'avoir donné la parole à ces trois personnages m'a réchauffé le coeur ! Je n'ai pu m'empêcher d'imaginer mes proches dans cette situation ! Puis même moi... On est carrément embarqué par le tourbillon de ces trois petits vieux. C'est beau la vie, ils nous donnent une belle prise de conscience sur notre existence. Souvent l'humain est pessimiste et se prend la tête pour un oui ou pour un non, pas souvent content de ce qu'il a, et rarement à être dans l'instant T du moment présent , toujours avant ou après ! Mais regardons tout simplement là , tout de suite, maintenant ! »

« L’auteur a développé une courbe dramatique commune, espacée les une des autres mais qui progresse ensemble. Les personnages s’entraident, initient des activités, ils créent ensemble une radio locale (après la mort du fils d’Azriel), Jacinthe se réconcilie avec son vrai prénom Jacinta ; Marceline analyse son militantisme effréné, Azriel revient au monde grâce à l’animation de la radio ; les trois destins des personnages se croisent, s’emmêlent parfois tout en continuant leur évolution. Rien n’est jamais figé. L’auteur a su laisser la place aux personnages en maitrisant leur évolution, aucun d’eux n’est jamais à la traîne et si l’un d’eux est en retrait la situation fait que les deux autres sont là pour l’épauler ; c’est un bel exemple d’empathie et de solidarité. L’entraide ne se fait jamais dans la force et la contrainte mais plutôt grâce à la réflexion et à la pensée, parfois par un petit mot, une phrase, lâchée « involontairement » à l’autre. »

« Théâtralement parlant, je trouve le texte bien construit. Il y a un postulat de départ dans une situation bien particulière. Puis l’action évolue vers la mise en place d’une dramaturgie qui conduit à un rebondissement inattendu et dramatique qui permettra une réaction et une évolution des personnages et puis il y a une fin où chacun a évolué vers son destin de vie en respectant ses propres choix et ses propres valeurs. Et tout ceci est raconté avec bienveillance et énergie et même la mort d’un des 3 personnages revêt un aspect poétique et apaisé.

Dans ce texte optimiste, vivant et poétique, l’auteur nous emmène vers le monde des vieilles personnes que l’on aurait tendance à ne pas avoir envie de voir, finissant leur vie dans la décrépitude et l’isolement. L’auteur nous donne à voir ces femmes et ces hommes qui n’ont pas envie de renoncer, qu’ils aient ou non mené des combats sociaux ou politiques. Chacun a dû affronter la vie, l’a vécu à sa manière et il leur reconnait le droit légitime de finir leur vie dignement et sereinement. Il nous donne une leçon de vie qui, peut-être à cause de mon âge (bientôt 62 ans) me réjouit, me fait du bien et me remplit d’énergie. »

Frédéric, Marie-Claude, Sarah

 

Avril 2018

Le Concile des Singes

De Frédéric Lepage

Genre : comédie dramatique

Nombre de personnages : 1 F / 11 H

Thème :          L’humanité, la place des singes, le spécisme, la ressemblance entre l’Homme et les singes, leurs différences, l’Homme est-il un animal…

                               L’art de la politique et la manipulation des foules, la recherche de pouvoir, les expériences scientifiques menées sur des animaux dans les laboratoires de recherche, la place des populations dans les sociétés humaines, les différences de coutume, l’immigration, l’inégalité des hommes en fonction de leurs origines, l’amour, la trahison, …

 

La fable

« Les représentants des singes jugés scientifiquement les plus proches des humains sont réunis en concile, sur proposition des Homo Sapiens, pour décider de leur intégration à l’espèce Homo et donc de leur différenciation d’avec les autres singes, gorilles, orangs outangs, ….

Quatre d’entre eux vont débattre de la nécessité ou non d’accepter la proposition des humains. Les trois bonobos plus âgés, Congo, Villeurbanne et Nika, se découvrent une histoire commune. Dix-sept années auparavant, Congo fut le responsable de la capture, par les hommes, de Villeurbanne (qui porte le nom de la ville où est implanté le laboratoire de recherche génétique et d’expérimentation animale) et du massacre de sa famille. Villeurbanne est fier de sa fonction de reproducteur même si ses filles et fils sont destinés à être des sujets de laboratoire avant d’être dépecés et incinérés. Nika est une ancienne amoureuse de Villeurbanne du temps de sa liberté. Elle usurpe un titre d’imprécatrice pour le retrouver et tenter de le sauver.

Kasai est un jeune mâle bonobo qui vient au concile pour défendre la spécificité des bonobos par rapport aux humains, la brachiation.

Chaque chef de clan défend sa position pour ou contre l’intégration au groupe Homo, l’un pour intégrer le groupe des dominants, l’un pour défendre la spécificité des bonobos qui font de l’acte sexuel leur régulation sociale, …. Les clans naviguent au gré des arguments développés, au gré des intérêts personnels des chefs, entre le pour et le contre.

Finalement, c’est le contre qui l’emporte. »

Ce que j’en pense

« Dans un 1er temps tout ceci m’a paru assez confus et très dense. Il m’a fallu du temps pour mettre un peu d’ordre dans ce fourmillement d’informations qui m’étaient proposées. Je me retrouve donc devant un texte où les personnages sont des singes et non pas des hommes mais cette histoire qui m’est racontée là est bien apparentée à une comédie humaine… sans les humains (ou presque) puisque c’est quand même eux qui sont à l’origine de ces débats. L'auteur propose que ces singes qu'il habille comme des humains soient simplement différenciés d'eux par une prothèse stylisée (oreilles ou partie du crâne), ce qui me paraît très judicieux. Ils s’expriment dans un langage très élaboré, développent des idées extrêmement construites et me renvoient en même temps un miroir très précis de nos qualités mais aussi et surtout de nos grands travers de manipulation, de mensonges, de bassesse, de calculs politiciens profondément humains. Je ne peux m’empêcher bien sûr de penser à la Planète des Singes et pourtant je suis au théâtre et c'est tout aussi passionnant. »

« Dès le début de la pièce, une intrigue est suggérée et l’action rebondit au fur et à mesure que les débats avancent. L’auteur n’hésite pas à dérouler devant nous des techniques de manipulation politicienne en flattant celui qu’il faut flatter, en grondant celui qu’il faut gronder ou en méprisant celui qui ne semble pas avoir beaucoup de poids. Jusqu’aux dernières pages, on peut penser que l’issue du vote est pliée et pourtant un rebondissement inattendu fait basculer toute la pièce dans une direction opposée, mêlant l’intime et le « général ». Si j’ai d’abord été un peu réticente devant le nombre de pages du texte, j’ai très vite été happée par l’histoire et jusqu’à la fin j’ai été captivée par tous ces personnages plus « humains » que nature. »

« Je n’ai pas été complètement captivée par cette histoire, même si les thèmes abordés me semblent matière à réflexion, mais je l’ai trouvé intéressante et bien construite, je pense qu’elle fonctionne bien et pour cela je retiendrais ce texte. »

« Je trouve la pièce très bien écrite. La langue est fluide, les théories scientifiques développées par les personnages sont clairement exprimées, les rapports entre les personnages sont bien exposés. Tout est clair, trop clair.

C’est une comédie mais rien ne me fait rire ni même sourire. Je ne sens pas de souffle dans cette pièce. Je n’arrive pas à m’attacher à un seul personnage et la fable m’a laissé indifférent. »

j’ai adoré ce texte riche, intelligent, bien construit et original. J’ai plongé dans ce texte si plein de réflexions et d'intelligence et j’en suis ressortie avec la sensation d'un plaisir évident. »

Marie-Claude, Nicoletta, Yves

 

Nagesa

De Vincent Klint

Genre : Drame épique moderne

Nombre de personnages : 2 F / 10  h

Thème :               La migration, sa violence, ses dérives. La vengeance . L’Europe, miroir aux alouettes. Vie et mort d’une cité. Utopie d’une cité nouvelle qui accueillerait tous les clandestins du monde… La culpabilité, et comment réparer…     

La fable

« Une ville fantôme Nagesa, au milieu du désert, est gérée en tandem par 2 anciens passeurs repentis, qui font tout pour retenir là les clandestins perdus dans le désert, qui cherchent à rejoindre l’Europe. Ils leur offrent une vie simple, basée sur l’entraide et le partage des tâches et des compétences. Eshe, la compagne du Président Souleymane attend un enfant de son mari mort en mer. Souleymane la surprotège car, pour lui, elle porte l’avenir radieux de Nagesa. Mais l’objectif de la jeune femme est de sortir de cette vie sans espoir, à l’aide d’une vieille servante Fatiah. Un jour, un autre ancien passeur, traumatisé et hanté par son propre rôle joué dans le massacre des innocents, arrive à Nagesa avec une boussole. Tout le monde convoite cet objet magique, qui leur permettrait de sortir de cette ville perdue. Souleymane lui confisque l’objet et le fait prisonnier, comprenant qu’il représente un danger pour le fragile équilibre de son petit royaume. Eshe, tout particulièrement, a le projet de s’enfuir avec Mousse le nouveau prisonnier et sa boussole. Saïta, le Guide spirituel de Nagesa perce à jour le jeu d’Eshe et la manipule pour qu’elle lui donne la boussole, confisquée par Souleymane, en échange du secret de ce dernier. Mais Merrekat et Adoukat ont reconnu Souleymane comme étant l’ancien capitaine Abd Al Kader, particulièrement cruel avec les clandestins. Ils en trouvent la preuve écrite dans le coffre de Souleymane, le confondent et le tuent. Saïta, lui, égorge finalement Eshe, lui vole la boussole, mais un clandestin l’assomme et Mousse la lui donne pour qu’il fuit avec les autres hommes. Mousse sort alors l’enfant vivant du ventre de sa mère morte et on suppose qu’il part dans le désert avec Fatiah, qui avait promis à Eshe de le suivre. »

Ce que j’en pense

« Ça commence par une petite phrase tirée de « Hamlet » de Shakespeare, qui résume bien je trouve le propos et la profondeur de la pièce : « Cette époque est désaxée ».

Ce texte est découpé en 4 parties qui commencent toutes par une partie appelée « Chant ». … Chaque partie appelée « Chant » met en scène « Petit Mousse », l’enfant qu’a été Mousse, dans une sorte de monde onirique et cauchemardesque, dans un hors temps… Toutes les autres scènes sont au présent de l’action.

4 autres textes sont disséminés le long de la pièce, tous des textes très poétiques et énigmatiques, à la première personne du singulier : « L’ombre dit à son corps » ; « L’oeil de lumière dit à la boussole » ; « Nagesa (qui dit) dans les ruines de sa mémoire » ; « La putain à l’ombre du mendiant » ; « Le coeur de Nagesa aux pas de l’homme libre ».

« Ce texte m’a embarquée loin à la fois dans l’imaginaire, à la fois au coeur du réel de notre monde. La fable tient en haleine, elle est bien construite et équilibrée, portée par un souffle lyrique, et la composition du texte, avec l’alternance de 3 niveaux d’écriture (les cauchemars de Petit Mousse, les 5 textes poétiques insérés et les dialogues) en font un « objet » théâtral et littéraire vivant et riche. J’y ai trouvé aussi un intérêt philosophique : comment faire le bien quand on a fait le mal et comment vivre une vie meilleure ici plutôt que là-bas. Il nous fait traverser une histoire difficile et violente, jusqu’à la mort. La parole y est à la fois action et instrument de l’action, elle accompagne la progression de l’histoire, d’une manière inéluctable et sans retour. Cela donne au présent de l’action un force réaliste dramatique, qui nous permet, nous lecteur, de cheminer avec intérêt au plus près des personnages et de leur histoire. »

« Et puis je me suis laissé porter par les cinq petits textes très poétiques qui ponctuent la pièce, sans rien leur demander de plus que la poésie, très énigmatique pour moi, qu’ils recèlent, je n’ai pas grand chose de plus à en dire, chacun y trouvera sans doute un sens personnel… »

« Chaque Chant semble être un des rêves terribles de Petit Mousse, ou plutôt un cauchemar, vécu lors de sa vie de passeur, mélangé avec sa vie d’enfant. Ces passages sont très forts en images noires, empreintes d’un désespoir sans fond. En plus des Chants, qui s’intercalent entre les scènes, il y a de temps en temps de très beaux passages de textes adressés, comme celui de « l’ombre qui parle à son corps », ou celui du « coeur de Nagesa qui répond aux pas de l’homme libre » le texte s’enrichit alors de ces sortes de monologues. »

« ce texte m’a touchée dans le fond et dans la forme. L’auteur ne semble pas prendre parti mais nous pose des questions, inédites pour moi quant à ce thème de la migration. Je ne m’étais jamais posé la question de l’humanité des passeurs, ne pensant qu’à leur inhumanité. »

« Un souffle théâtral fort parcourt cette pièce, le chemin qu’empruntent tous les personnages se dessine, inexorablement, et chaque destin s’accomplit, c’est intelligent, sensible, profond. Voilà une pièce qui réveille comme tout ce qui a trait à l’universel, avec ici un sujet d’actualité, la migration. Il faut saluer encore et toujours les écritures qui s’en emparent… »

Claire, Claudie, Michèle S

 

Ma Mère dit toujours chut un Doigt sur les Lèvres

De Yacoub Abdellatif

Genre : Souvenirs d’enfance ?

Personnages : 1 F / 1 H

Thèmes :             La famille, l'immigration, la première et deuxième génération d'immigrés en Picardie, les relations à la partie de la famille restée en Algérie. la Croix rouge, les relations au père, celles à la mère, l'enfance, les copains, les espoirs, les angoisses, les moqueries...

La fable

« Yakoub jeune kabyle de 10 ans vit dans le château, avec sa famille 3 frères et 4 soeurs, son père et sa mère, son père est un harki, c’est-à-dire « un militaire supplétif autochtone engagé temporairement par l’armée française en Afrique du nord », ils ont quitté leur village d’Algérie pour Poix ce village de Picardie dans la Somme. Ce château où ils vivent n’est pas réellement un château mais un lieu où sont logés des centaines de harkis qui comme eux ont rejoint la France lors de la guerre d’Algérie. Au travers de son regard d’enfant on assiste au quotidien de ces gens qui ont tout quitté et essayent de reconstruire leur vie ici, la débrouille et parfois l’aide de gens du village leur permettent de survivre, et au travers des histoires de chacun on assiste aux conséquences de cette guerre, avec par le biais des lettres échangées avec la famille un lien encore avec les proches qui sont resté là-bas. »

« La pièce « Ma mère dit toujours chut… » est découpée en 18 tableaux se terminant tous par une musique et qui relatent des souvenirs d’enfance de Yakoub dans de nombreux endroits : classe d’une école, parc d’un château, ferme, logement de la famille de Yakoub, cimetière, mairie, chez madame

Rameau…

Les souvenirs relatés retracent une période de plusieurs années, difficile de préciser, 2 à 3 ans peut-être, rien n’est vraiment daté. Qui plus est, ils ne sont pas relatés chronologiquement.

A travers ces souvenirs, Yakoub évoque une galerie de portraits, généralement chers à son coeur, de proches. »

Ce que j’en pense

« J’ai apprécié lire l’histoire relatant les souvenirs de cet enfant migrant algérien, arrivant de Kabylie. Le sujet de l’identité à travers ses différents portraits aborde différents point de vue. L’auteur ne cherche pas à se positionner sur la question, il expose simplement différents ressenti. Il questionne simplement, lui-même n’ayant pas forcément de réponse et en cherchant encore une.

Cette galerie de portraits aux travers les souvenirs de Yakoub reflète plusieurs points de vue, plusieurs ressentis, sans porter de jugement. Je pense que le sujet du déracinement, de la notion identitaire, est traite avec justesse, même si le traitement reste sans doute superficiel, seulement en voulant effleurer différents points de vue, difficile de faire autrement.

Ce sujet m’a plu, seulement, même si cette histoire contée peut trouver sa place dans le spectacle vivant, je l’imagine plus contée que jouée. Je n’ai pas vraiment eu d’image théâtrale de ce texte sur scène. »

« c'est un très beau texte avec des passages d'humour, d'émotions, de tendresse, de douleur. Un homme(?) se rappelle son enfance à son arrivée en France avec ses parents en Picardie. Il raconte cette enfance et tous les tourments, toutes les joies qui vont avec. C'est un bel hommage à la famille. Le personnage est tantôt adulte, tantôt enfant, cela est un peu perturbant mais au bout d'un moment on s'habitue. L’action est dans la parole. Le petit bémol : la langue est parfois très littéraire et parfois très oralisée alors que l'on est dans le même personnage, je n'ai pas senti que cette différence était inhérente au personnage enfant ou au personnage adulte. Je trouve aussi ce texte un peu long à mon goût. Pourquoi ne pas en faire un roman ? »

« J’ai tout de suite été très intéressée par ce texte, la découverte de cette histoire m’a semblé faire écho à ma propre histoire familiale, la Kabylie, les harkis et le château m’ont semblé surgir des histoires que me raconte parfois ma mère…j’ai pris plaisir à entendre résonner la langue kabyle qui bien que je ne la maitrise pas me parait toujours aussi belle aux oreilles de mon coeur. J’ai parfois eu l’impression d’avoir l’opportunité de regarder par un trou de serrure cette histoire des harkis pleines de non-dit, de honte et de silence. J’ai trouvé les thèmes abordés par l’auteur intéressants, cette guerre d’Algérie dont on parle si peu ou alors avec prudence, le sort de tous ces harkis qui ont été rapatriés en France et donc la France ne savait que faire. J’ai trouvé que les personnages étaient attachants, Yakoub avec sa jeunesse et son regard d’enfant apporte une fraicheur à l’histoire et permet à l’auteur de parler de choses graves avec un coté humoristique, on voit à travers ces yeux graviter toutes une galerie de personnages : le père très peu présent mais dont l’ombre domine la vie de famille. Rachid l’orphelin passionné de mécanique, élevé par sa grand-mère, qui après quelques déboires avec la gendarmerie, finira mal. »

Claudie, Jean Luc, Nicoletta

 

A Fleur de Rêves

De Florian Rebeyrolle

Texte en lice pour l’Eclat de Cœurs 2019

Genre : Drame

Personnages : 2 F / 2 H (les voix du souvenir)

Thèmes :             La perte tragique de la mère et le traumatisme qu’elle engendre sur les enfants. La culpabilité du survivant. La fratrie.

La fable

« Fleur, la Sœur, se sent responsable, coupable, de la mort de sa mère, noyée, dans le naufrage d’un bateau, sur lequel elle était aussi, mais dont elle a réchappé. Elle est en état de profonde dépression, dans une chambre d’hôpital, veillée par son frère, Cadet, qui est devenu musicien, tandis que l’Aîné, qui s’est occupé de son frère et de sa sœur après le drame, a voulu mettre ses distances en partant travailler « à l’autre bout du monde ». Il finira par revenir car « C’est pas parce qu’on abandonne nos proches qu’on pense pas à eux », « mon frère et ma sœur tous les jours je rêve de les serrer dans mes bras ». Avec Cadet, ils vont tenter de ramener Fleur à la vie, vont même l’emmener sur la plage où a eu lieu le drame, mais elle choisira de rejoindre sa mère dans la mort. »

« Enfants, Sœur, Aîné et Cadet perdent leur mère. Elle s’est noyée lors d’une tempête en mer, tempête à laquelle les enfants ont échappé.

La charge familiale est retombée sur les épaules de l’Aîné qui l’assumera jusqu’au moment où il s’éloignera de son frère et de sa sœur et trouvera dans le travail l’évasion.

Cadet restera avec sa sœur. Il la soigne par ses mots. Il trouve dans l’écriture l’oubli du traumatisme enfantin et ce qui peut encore ancrer Sœur dans une réalité qu’elle fuit et qui la fuit inexorablement. Sœur se sent coupable de la mort de sa mère et revit jour après jour ce naufrage. Elle sombre petit à petit dans l’irréel, la folie. Seules les histoires de Cadet arrivent encore à la maintenir dans la vraie vie.

La réunion des trois frères et sœurs n’arrivera pas à sauver Sœur. »

Ce que j’en pense

« J’ai eu du mal à entrer dans ce texte, je dois le dire, au tout début, il m’a d’emblée semblé très, (trop) hermétique, incompréhensible. Et puis j’ai décidé de le reprendre et de le lire, non pas comme une pièce de théâtre, mais comme un poème, car c’est cela qu’il est pour moi, un long poème. Et cette manière de changer mon regard a fait le reste, et j’ai lu finalement, avec bonheur, émotion, empathie même, ce magnifique texte. Il y a des textes qui ne se laissent pas apprivoiser au premier abord, qui demandent qu’on leur prête une attention particulière… A fleur de rêve est de ceux-là… 

Lire de la poésie, c’est entrer dans l’univers très personnel d’un auteur et à ce titre, c’est prendre le risque de ne pas tout comprendre, de se laisser porter par la musique des mots plutôt que par le sens. Ici, il y a la musique des mots et le sens.

C’est l’expérience que j’ai vécue avec ce texte, notamment avec la signification de ce personnage « La Femme au Sable » : est-elle la mère ? Est-elle la mer ? Une menace ? Ou bien une protectrice, comme dans cette image où elle est allongée près de la Sœur sur la plage ? Est-elle tout cela à la fois ? L’image est belle en tout cas.»

« La richesse de la composition de ce texte, présenté sur la page comme un poème, (retour à la majuscule en début de ligne), réside dans l’alternance de moments de vie au présent (dialogues et souvenirs de dialogues dans l’enfance qui situent bien les personnages et leurs relations conflictuelles d’enfants et qui dessinent leurs relations futures d’adultes) et moments d’intériorité poétiques. Tout cela s’enchaîne  avec fluidité, avec flux et reflux si j’ose dire, car tout au long du texte la présence de la mer, vivante, violente, en parallèle à la douleur de la Sœur, rythme l’histoire. La forme métaphorique que lui a donnée l’auteur évite le pathos, inintéressant, et donne sa force à l’histoire. »

« Cette pièce est intéressante car elle traite :

-           de la fragilité de l’être humain face à un choc ou un stress traumatique

-           de la propension de chaque individu à la résilience ou à l’évasion dans un monde imaginaire. 

En conclusion, cette pièce est exigeante par son thème et par sa réalisation. Le texte s’appuie à l’extrême sur une mise en scène riche et complexe (peu abordable par des troupes-amateur). Toute la difficulté réside dans le rendu de ce qui se passe dans la tête de Fleur en opposition avec ce qu’en captent « de l’extérieur » les deux frères.»                                                                               

Christine, Michèle S, Yves

Février 2018

L’un, l’autre

De Isaac Kirkhov

Texte en lice pour l’Eclat de Cœurs 2019

Genre : comédie

Nombre de personnages : 2 H

Thème :               la relation dominant-dominé, la peur panique l’absurdité, duel entre folie et angoisse les métiers du théâtre : stress du comédien, chômage, décalage entre légende et réalité, vivre de l’écriture théâtrale … les rencontres, leur incidence sur notre destin

La fable

« C’est une pièce découpée en 4 courtes pièces.

La première courte pièce, la consultation, raconte la rencontre de L’un (comédien) avec un importun L’autre. L’un lit tranquillement son journal sur un banc lorsque L’autre vient l’importuner en se lançant dans une consultation médicale un brin loufoque. L’un n’arrive qu’à s’en débarrasser en inversant les rôles.

La seconde courte pièce, un auteur vivant, raconte les déboires d’un auteur de théâtre, enfin pas encore, convaincu au plus profond de lui-même d’avoir écrit la pièce du siècle, un chef d’œuvre à la hauteur de son auteur fétiche, décédé depuis plusieurs années et sur la tombe duquel il va se recueillir pour lui exposer ses doutes, ses idées et ses mésaventures. 

La troisième courte pièce : la toison rose (qui reprend une bonne partie de l’acte I de la pièce Albertine à la broche) : L’un, comédien, entre en scène déclamant son texte quand il s’aperçoit que la scène est vide et qu’un homme, L’autre, de dos, cadreur du film la toison rose est en plein tournage. L’un et L’autre ne s’expliquent pas la présence de l’autre et de l’un et chacun argumente, essayant de justifier leur présence sur la scène.

La quatrième et dernière piécette, Gordon Banks : L’un et L’autre se croisent à plusieurs reprises, seulement, ils ne peuvent éviter d’être attirés l’un à l’autre et ils ne peuvent jamais faire autrement que de se percuter.

Cette attirance trouble L’un qui s’imagine qu’ils sont faits l’un pour l’autre. L’un a du mal cependant à le concevoir, il cherche à trouver par tous les moyens des points de divergences… »

Ce que j’en pense

« J'ai d'abord été un peu déstabilisée par le texte dans son ensemble parce que je me suis trouvée face à une construction dramaturgique assez inhabituelle pour moi. L'auteur par le titre même de la pièce, par la présentation très sommaire des deux personnages et par le découpage original de son texte nous donne cependant des indications sur ce qui va suivre. Il va même jusqu'à nous donner la durée de chacun des morceaux. Si dans un 1er temps, je peux penser qu'il s'agit de 4 courtes pièces indépendantes les unes des autres, je me rends vite compte qu'il s'agit en fait d'un puzzle dont les pièces s'articulent les unes dans les autres ou plutôt d'un parcours labyrinthique avec des espaces dissociés les uns des autres et en même temps réunis par un espace-temps et scénique puisque l'auteur a choisi délibérément de faire vivre ces espaces les uns avec les autres dans un même texte. »

« La notion de passage de l'un à l'autre est omni présente.

La pièce intitulée "Un auteur vivant" représente le socle autour duquel s'articule l'ensemble mais l'auteur choisit de commencer par une courte pièce qu'il intitule "La consultation". Le rythme rapide et vif des dialogues entre les deux personnages nous conduit vers un univers burlesque et fantasque et la répétition des phrases dans la bouche de l'un puis de l'autre crée un comique léger et "loufoque". Quand le noir signe la fin de cette 1ère pièce, on peut penser qu'elle peut se poursuivre à l'infini puisque l'un prend le rôle de l'autre et l'autre se retrouve dans la même situation initiale que l'un. Idem pour la pièce intitulée Gordon Banks. Après ce qui pourrait être considéré comme "une mise en bouche", la pièce la plus longue commence par un 1er acte où le côté burlesque se poursuit puisqu'il s'agit maintenant d'un homme qui va parler à un mort le plus naturellement du monde, sur le ton d'une conversation banale, faisant les questions et les réponses puisque son interlocuteur n'est pas en mesure de lui répondre matériellement. Cette pièce va se décliner en 3 actes mais les actes sont eux-mêmes entrecoupés d'une autre pièce courte traitant cependant toujours de théâtre, de création, de diffusion d'un texte de théâtre, de comédien plus ou moins bien dans sa peau, d'auteur plus ou moins bien placé socialement. Certaines expressions entendues dans une pièce reviennent dans une autre pièce. Le lecteur est emporté dans une joyeuse ronde où il assiste à différentes situations plus ou moins comiques ou burlesques sous la baguette de l'auteur comme celui d'un chef d'orchestre. C'est un peu loufoque, un peu déjanté mais je me suis laissée emportée par ce tourbillon fantasque, par le comique de certaines situations complètement invraisemblables. Mais le théâtre est là aussi comme un jeu, comme l'expression d'idées inhabituelles et ludiques. »

« Je voudrais remercier l'auteur de m'avoir donné l'occasion de me pencher une nouvelle fois sur l'exercice de la création artistique par le biais d'une réflexion et d'une construction théâtrale originale. J'ai eu du plaisir à lire ce texte qui m'a demandé un certain effort de synthétisation et en même temps un réel plaisir de décortication. »

Christine, Jean Luc, Marie-Claude

 

Lumière et Ténèbres

De Bernard Duhaut

Texte en lice pour l’Eclat de Cœurs 2019

Genre : tragédie moderne

Nombre de personnages : 2 F / 2 H  (un chœur composé de 5/6 adultes et de ½ enfants)

Thème :               Le Bien et le Mal, la religion, le fanatisme, la dictature, le combat pour la liberté, l’endoctrinement.

La fable

Sébastienne journaliste et Pierre directeur d’école sont amoureux et envisagent de bientôt se marier. Pour cela, Sébastienne espère une mutation dans la ville où vit Pierre qui se nomme Calvirel.

Calvirel est une ville agréable en plein bouleversement, grâce ou à cause de l’arrivée de Boa, ce dernier est un mystique, convaincu d’avoir reçu l’illumination. Il a écrit le Livre qui détient la vérité et c’est une de ses plus ferventes admiratrices,  Rikki qui le convainc de venir à Calvirel pour y répandre sa parole.

Boa dès son arrivée dans la ville commence à exposer les règles décrites dans sa doctrine, il dit être là pour les guider, les sauver et il attend de Rikki qu’elle fasse respecter ses préceptes par la population.

Toute personne qui ne sera pas d’accord avec Boa sera son ennemi et même s’il ne prône pas la violence, il fera jeter ses détracteurs hors de la ville.

L’opinion des gens est partagée face à Boa et sa réforme, les bourgeois lui demandent de quitter la ville, le peuple se divise alors en deux clans qui s’affrontent et « la ville sombre dans le chaos total ».

Ce que j’en pense

Les 27 scènes de ce texte se lisent facilement et certaines sont même très courtes, la pièce est bien construite et j’ai trouvé l’installation du début par le héraut, intéressante, cette façon de nommer les comédiens et d’expliquer leurs rôles dans l’histoire m’a plu, tout comme les différentes interventions du chœur que j’ai imaginé comme des tableaux dansés, ce qui peut donner de très belles images dans la mise en scène.

Les thèmes abordés sont d’actualité, le fanatisme et la montée des intégrismes sont des sujets qui m’interpellent et me questionnent.

Les personnages sont bien tranchés dans leurs attitudes, d’un côté le mal incarné par Boa et Rikki, et de l’autre le bien avec Sébastienne et Pierre.

C’est avec Rikki que tout commence, elle est celle qui va chercher Boa, le suppliant de venir, de prendre la tête du mouvement.

D’ailleurs tout est dit dans le prologue avec le héraut « l’Homme a besoin d’un Guide. Alors il choisit celui qui parle le plus fort. Il le désigne comme étant son phare ».

J’ai trouvé bien amené l’ascension de Boa, on suit toute sa progression jusqu’au sommet du pouvoir et les discussions qu’il a avec sa plus fidèle servante Rikki nous laisse bien apercevoir tout ce que peuvent être les techniques de manipulations mises en place par des personnes tel que Boa, je ne suis pas une spécialiste mais je sais qu’il existe de réelles techniques que l’on retrouve chez les sectes qui sont d’une efficacité redoutable en matière de manipulation mentale…

Le dénouement est terrible, le mal a gagné mais l’auteur laisse entrevoir une petite lueur dans l’enfant qui est né de Sébastienne, alors que les ténèbres envahissent le monde, elle représente l’espoir la petite étincelle qui pourra guider le peuple vers la lumière.

La lutte de la lumière sur les ténèbres existe depuis la nuit des temps et existera toujours, soyons tout un chacun des petits guerriers de cette lumière au quotidien.

Claudie, Frédéric, Nicoletta

 

Les Restes

De Isabelle Sempéré

Texte en lice pour l’Eclat de Cœurs 2019

Genre : Comédie dramatique déjantée et grandguignolesque

Nombre de personnages : 2 F / 3 H (1 voix off H)

Thème :               La vengeance d’une femme et des enfants d’un tyran familial. Les parcours divergents de trois enfants soumis à la même tyrannie.

La fable

Dans la famille Morue, le père Jean, boucher, ivrogne violent, frappent sa femme et ses enfants dès que l’alcool le rend mauvais. Seule la benjamine, Aubépine, échappe aux séances de raclée dans la chambre froide. Au bout de 17 ans de cette vie marquée par les coups et les bleus, un soir, la mère, Marie-Belle, voit son mari comme un porc à découper, ce qu’elle s’empresse de faire en 17 morceaux. Victor, le fils aîné, arrive et découvre le drame. Pour sauver sa mère, il numérote les morceaux du père de 1 à 17, le numéro 2 étant la tête. Il fait venir son frère et sa sœur et décide de passer les morceaux paternels au hachoir à viande. Pendant leur macabre affaire, chacun se remémore sa vie, la mère passant et repassant dans la boutique tel un fantôme portant tour à tour les stigmates de ses tentatives de suicide. L’arrivée du dératiseur, René, oblige chacun à hâter l’opération et à fourguer la mère dans les bras du nouvel arrivant qui finit par découvrir le pot aux roses. La benjamine, Aubépine, enceinte de Jeanne, prénom du père, au masculin, prend l’ascendant et oblige l’ensemble de la famille augmentée du dératiseur à déguster le père en tartare. Pendant le festin, elle finit par accoucher de Jeanne «dans une matière qui lui rappellera le ventre de sa mère» c’est-à-dire dans le hachoir où faisande la viande du père.

Ce que j’en pense

La « mise en bouche » est particulièrement savoureuse : un film projeté montre quatre personnages, la mère, les deux fils, le dératiseur autour du billot de boucherie servant de table. L’un d’eux réclame un peu de ketchup et tous regardent un même point.

Voilà le lecteur alléché et du ketchup, il va y avoir droit, à ne plus avoir envie de manger du tartare en sortant de sa lecture.

 

« Les restes », titre de la pièce, c’est à la fois ce qui reste du corps du père après le meurtre, et qu’on veut faire disparaître, et puis ce qu’Aubépine veut faire manger aux autres à la fin, mais c’est aussi, comme le dit Aubépine, « les restes c’est nous ». Ceux qui restent après le drame.

Et puis ce nom les « Morue » ! Pour une famille de bouchers, c’est un comble !

 

Toutes les scènes sont courtes. Les dialogues sont vifs. L’auteur enchaîne les attaques et les ripostes. Les coups de théâtre relancent l’action à un rythme rapide avec quelques répliques savoureuses. Exemples :

"Romain

Tu crois qu'elle se rend compte qu'elle l'a tué ?

Aubépine

Dix-sept morceaux, elle a bien dû s'en apercevoir au bout d'un moment. »

 

« Ce texte est une belle métaphore de la famille, (et de ce qui peut se passer entre les êtres, amour et haines réunis) poussée, dans sa forme, granguignolesque, caricaturale (mais juste ce qu’il faut…), sanglante, à son paroxysme, puisqu’on y voit une femme découper son mari en morceaux, entourée de ses 3 enfants qui vont tout faire pour que cela ne s’ébruite pas. C’est totalement immoral, si l’on reste au premier degré, car personne ne sera jamais inquiété mais c’est un régal (je pèse mes mots…) théâtral : l’auteur va jusqu’au bout de son propos et nous entraîne dans un tourbillon sanglant de vie, de mort, de rire, d’humour noir, de cynisme, sur fond de drame aussi mais… qu’il ne faut pas trop prendre au sérieux, quoique… ! Car le tour de force qu’a réussi l’auteur-e, c’est d’avoir choisi un thème assez « banal », courant, et de l’avoir traité d’une manière tellement irréaliste et grotesque (quoique…) que le fond de la problématique de chacun des personnages et de la famille en tant qu’unité, nous apparaît encore plus fort ! On peut dire que la forme éclaire le fond. »

 

« c’est de la vie, c’est du théâtre, c’est de l’émotion, j’ai été touchée de différentes manières par ce texte, ces personnages attachants, un cadeau pour des comédiens ! »

Claire, Michèle S, Yves

Janvier 2018

Et tout le Tremblement

de Laurent Cottel

Texte en lice pour l’Eclat de Cœurs 2019

Genre : comédie dramatique

Nombre de personnages : 2 F / 2 H

Thème :               L’adolescence, le premier amour, l’amitié, la sexualité (la première fois), la liberté, l’alcoolisme, la violence familiale, la condition des adolescentes dans la famille musulmane (les mariages forcés), la vengeance sur les réseaux sociaux, l’homophobie, l’intégration à un groupe, la différence.

La fable

Trois élèves de 1ère, inséparables, voient débarquer en cours d’année Romain dans leur lycée d’Alençon.                                                                           Parmi eux, Yasmine, de confession musulmane, vit avec sa mère et ses frères. Elle est la meilleure amie d’Elise et de Sam. Sam, de confession juive, est le petit ami d’Elise. Il a des difficultés d’apprentissage notamment en mathématiques. Elise, très éprise de Sam, se passionne pour la danse.

D’emblée, Romain semble fuir les autres lycéens et cela suscite d’autant plus l’intérêt du trio et, en particulier, de Sam qui est rapidement fasciné par ce garçon qui parle et pense différemment des autres.                                                En effet, Romain est à la fois mature et mystérieux : il répond aux questions par des citations, il emploie des mots beaux et compliqués, sa pensée est poétique, son imagination romanesque, son cœur pur.

C’est aussi un excellent élève et il semble que sa réussite ne lui demande aucun effort alors que pour Sam qui travaille dur, les résultats restent décevants.

Ce que j’en pense

« J’ai pris beaucoup de plaisir à lire cette pièce très actuelle, très riche en thèmes abordés, courte mais efficace, et qui traduit une bonne connaissance des adolescents, de leur langage, de leurs comportements et de leurs préoccupations.

J’ai bien aimé sa construction : un prologue qui annonce le drame sans en dire trop, 31 scènes dans lesquelles on assiste aux relations qu’entretiennent les personnages deux à deux : liaison, rivalité, secret, révélation, rupture, éloignement, jalousie, fascination, dévalorisation, confidence, attirance, influence… Les quatre personnages sont bien campés et évoluent chacun tout au long de la pièce. »

« A priori, en lisant ma fable, on pourrait croire que ce texte est un énième texte sur les amours contrariées d’adolescents. C’est sans compter l’écriture de l’auteur et la maestria dont il fait preuve pour amener tranquillement le lecteur au drame final.

L’écriture donc, parlons-en est a priori simple, rapide, incisive, à la mode de Michel Azama.

On y retrouve la légèreté des dialogues d’ados avec leur langue à part, mais aussi avec la gravité de leur âge. Le titre même en est un exemple : c’est l’explication de Romain de l’expression « Et tout le tremblement ». Il dit : « Et tout le tremblement, j’aime bien, c’est beau et fragile à la fois ! ».

Quatre personnages seulement pour ce texte, et on tourne en huis-clos, mais les dialogues sont enlevés et je rentre de suite dans le rythme du quatuor, avec sa problématique du trio amoureux.

Je note le très bon rendu de la cruauté relative de la jeunesse, qui se dit les choses cash, sans détour »

« On ressent que ça va mal se finir et le titre, si bien choisi, “Et tout le tremblement”, expression qui signifie Et tout le reste, Tout ce qui s’ensuit, annonce que chaque acte, chaque décision a des répercussions. Le mot “tremblement” fait également référence au cataclysme qui va survenir et interférer dans la vie de ces jeunes gens.

J’ai beaucoup aimé cette pièce aux dialogues fidèles à cette classe d’âge, les interactions entre les personnages, la justesse et la retenue simultanées qui ménagent le suspens. Elle suscite de nombreux questionnements et c’est ce qui m’intéresse.

J’aime beaucoup l’idée du prologue : peut-être que tout aurait pu être évité si ...

Cette pièce est tout public même si elle semble particulièrement appropriée à un public de jeunes et être suivie de débats. Sa mise en scène ne nécessite aucun artifice, ni espace scénique particulier, ce qui constitue un atout supplémentaire. »

Christine, Claire, Claudie

 

Le Projet Phoenix

De Kamal Rawas

Genre : comédie sociale

Nombre de personnages : 3 H

Thème :               Une satire du coaching personnalisé. Une satire du fonctionnement de pôle Emploi. Une réflexion sur la place de l’humain dans l’économie

La fable

Jean Bertier est un comédien de 52 ans, divorcé, père d’une fille qui a préféré vivre avec sa mère et avec laquelle il n’a pas de contact, fils attentif d’une mère en maison de retraite qui semble avoir encore un grand ascendant sur lui. Jean court les castings pour essayer de vivre de son art mais sans réel succès. Depuis quelque temps, les seuls rôles qui lui sont confiés sont des rôles de figurants, voire de décors humains (il a interprété le mur dans Le Songe d’une Nuit d’été, « Cet ignoble mur qui séparait les timides amants. Oh Thisbée, baise-moi par le trou de cet ignoble mur ! »). Bref, Jean Bertier est ce que péjorativement certains appellent un looser.

Franck Lechevallier exerce la profession de coach. La trentaine, marié et père de famille, il est un peu la caricature ou l’archétype du jeune loup aux dents longues, prêt à tout pour réussir ou s’enrichir, croquant les autres et plus particulièrement les femmes (sa secrétaire Cassie, la responsable de pôle emploi) à pleines dents.

La rencontre improbable entre ses deux personnages se fait suite à un concours organisé par pôle emploi entre dix duos composés chacun d’un chômeur en fin de droits et d’un coach de développement personnel. Il s’agit du projet Phoenix. Les chômeurs dont Jean Bertier ne sont pas au courant qu’il s’agit d’un concours. Ils n’ont pas le choix. S’ils refusent, ils perdent leurs droits. Les coachs, eux, sont appâtés par une rémunération finale plus qu’intéressante.

Ce que j’en pense

La construction de la pièce est intéressante. Les deux premiers tableaux présentent les deux personnages au travers de deux situations personnelles, un casting pour Jean, un enregistrement vidéo de Franck pour son site de coaching. La troisième scène introduit la situation initiale le projet Phoenix. Le lecteur, donc moi-même, est happé tout de suite par les caractères opposés de ces deux personnages et par leur rencontre improbable et la quatrième scène le conforte dans ses représentations avec un Jean occupé à tuer le temps devant un documentaire animalier télévisé et Franck enchaînant des pompes pour une mise en forme en prévision du « combat » à venir.

Les scènes suivantes sont une alternance de séances de coaching et de mise en application par Jean des principes énoncés par Franck et pour Franck de sa stratégie pour gagner le concours. Les 12ème et 13ème scènes exposent la situation finale.

Ces scènes sont des monologues, des dialogues et parfois des dialogues entrecroisés comme dans la scène 3 où Franck et Jean dialoguent simultanément avec Péguy Nola (que l’on n’entend pas), la responsable du Pôle Emploi. Un régal.

Les personnages évoluent tout au long de la pièce, surtout celui de Jean qui reprend goût à la vie et est le véritable gagnant de ce concours dont il ne saura qu’à la fin qu’il en a été l’objet. D’un personnage subissant, il devient acteur de sa propre vie. Quant au personnage de Franck, c’est l’archétype du beauf, prêt à tout pour réussir, à écraser les autres (les scènes quand il est dans sa voiture en sont la métaphore) et à jouir des autres (au sens propre et au sens figuré). Ce personnage n’évolue pas et ne peut pas évoluer dans le contexte de la fable. Il est un bel enfoiré au départ et le restera jusqu’à la fin.

L’écriture est vive, alerte. C’est une comédie grinçante. Mais la poésie est présente à chaque fois dans le personnage de Jean. Les références littéraires qui émaillent la pièce sont d’une grande justesse de « à la recherche du temps perdu » à « l’étranger », de Barbara à Baudelaire et son poème « l’Albatros ». La poésie est du côté de Jean.

J’ai pris un grand plaisir à lire et à relire cette pièce. De multiples images de mise en scène se sont présentées à moi. J’ai même pensé à une distribution en songeant aux comédiens qui m’entourent. C’est signe pour moi d’une réelle qualité théâtrale de ce texte qui en plus aborde des thèmes propres à notre époque.

Frédéric, Marie-Claude, Yves

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